Réactivité dangereuse

Le Maroc s’en est sorti avec un minimum de dégà¢ts du récent épisode du dossier du Sahara.

La Vie éco l’avait prédit dans l’éditorial de la semaine dernière, le Maroc s’en est sorti avec un minimum de dégâts du récent épisode du dossier du Sahara. Mais au risque de nous répéter, cette victoire, si c’en est une, ne doit pas occulter un des aspects qui nous handicapent le plus dans ce dossier, à savoir notre approche même de la question.

Certes, on peut se féliciter de la réactivité efficace des équipes qui se chargent du dossier. Mais ce n’est visiblement plus suffisant. Maintenant, il est grand temps de passer en mode proactif et professionnel. Ne pas attendre une action du camp adverse, un coup tordu pour réagir mais véritablement imposer le rythme que nous voulons, nous, en choisissant nous-mêmes le timing, le terrain et les conditions.

L’affaire du Sahara est éminemment diplomatique. Alors, une bonne fois pour toutes, laissons notre diplomatie s’en occuper. Et pour cela, elle doit commencer par être bien outillée notamment en construisant une vraie stratégie. Car pour stratégique qu’elle soit, l’affaire du Sahara doit être pourvue d’un plan d’action clair et précis, avec des objectifs concrets, un calendrier, une vision claire de qui doit faire quoi…Et pour tout cela, ce n’est ni l’ONU, ni les autres pays, y compris amis, et encore moins le camp adverse qui décident mais nous et nous seuls.

Le plan d’autonomie, rien n’empêche aujourd’hui le Maroc de le mettre en application. Nous ne pouvons pas attendre indéfiniment qu’il soit validé, approuvé par quiconque. Durant ces dernières années, les pays amis l’ont suffisamment appuyé publiquement.

Le Maroc peut et doit se donner un deadline pour passer à l’acte. D’ailleurs ce serait parfaitement cohérent avec les nouvelles orientations de notre Constitution en matière de régionalisation. Rester en mode réactif est dangereux à plusieurs égards. Car si le Maroc a pu cette fois-ci mobiliser ses alliés, il n’est pas sûr qu’on puisse toujours le faire. La diplomatie et le jeu d’intérêts dans le monde font bouger chaque jour la carte d’influence. L’allié d’un jour peut ne plus l’être le lendemain. On vient d’en avoir la preuve éclatante.

En plus d’être risquée, une telle façon de gérer le dossier réduit nos marges de manœuvre et de négociation. Car quand on est demandeur et dans l’urgence, c’est de bonne guerre en matière de diplomatie, l’allié saisira inévitablement l’occasion pour vous demander des concessions en contrepartie, des compensations sur des dossiers en suspens vous obligeant à accepter ce que vous refuseriez en d’autres circonstances. Et à force de passer toujours pour ceux qui s’y prennent à la dernière minute, nous risquons également de perdre en crédibilité auprès de nos alliés.

C’est dommage de gâcher nos chances et d’affaiblir notre position alors que notre cause, elle, est juste, légaliste et légitime.