Rabat ou rien !

Quel est le message que renvoient à l’opinion publique des fonctionnaires qui refusent de travailler en dehors de la capitale Rabat ? Que dire quand, en plus, il s’agit de fonctionnaires d’administrations censées être basées en régions comme les trois agences de développement chargées des provinces du Sud, du Nord et de l’Oriental ? Après les diplômés chômeurs pour qui c’est la fonction publique ou rien, voilà des fonctionnaires pour qui c’est Rabat ou rien !
Certes, après la décision du gouvernement de relocaliser chaque agence dans son territoire d’action, on peut comprendre que lesdits fonctionnaires aient été pris de court et dénoncent le fait qu’on ne leur ait pas donné suffisamment de temps pour prendre leurs dispositions. Mais tous les fonctionnaires ne sont pas dans cette logique. Certains, pour ne pas dire beaucoup, sont purement et simplement contre le principe d’aller en région, évoquant tantôt les contraintes familiales, tantôt des raisons d’ordre médical et bien d’autres motivations pouvant les exempter de ce déplacement.
Pour leur défense, les récalcitrants invoquent aussi le caractère impromptu et non planifié de la décision. Or, on oublie qu’il y a sept ans déjà, le gouvernement avait publié un décret en vertu duquel lesdites agences devaient déménager dans leurs régions respectives. Si, à l’époque, le gouvernement avait cédé en choisissant de surseoir momentanément à l’application de la décision, le texte, lui, est bien resté dans le Bulletin officiel et il est donc parfaitement opposable. D’un autre côté, ce sursis de sept ans est en lui-même un délai suffisamment confortable accordé à ces administrations et à leurs fonctionnaires pour prendre comme ils disent leurs dispositions.
Plus grave encore. Une telle attitude s’avère dangereuse parce que très contagieuse. Demain d’autres fonctionnaires, des médecins, des instituteurs, des magistrats, pourront eux aussi revendiquer ce «droit» de ne pas aller servir là où l’administration a besoin d’eux.
Par ailleurs, et c’est là peut-être le fond du sujet, que doivent comprendre les Marocains qui habitent le Nord, l’Oriental ou les provinces du Sud en voyant des fonctionnaires, censés veiller et travailler au développement de ces régions, refuser d’être basés sur leur terrain d’action ? Que leur sort dépend et dépendra éternellement de fonctionnaires installés confortablement dans leurs bureaux dans la capitale ? Si tel est le cas, alors tout ce qui se dit et s’écrit sur la volonté du Maroc d’instaurer une vraie régionalisation est réduit, en fait, à de simples slogans et des paroles pour la consommation médiatique.