Question de modèle…

De nouveaux pays émergents montent en puissance tandis que de vieilles économies qu’on croyait bien installées sont en perte de vitesse quand ce n’est pas en déconfiture.

Quel est le modèle économique idéal pour le Maroc ? Et quel modèle voulons-nous au fait ? Ces questions méritent plus que jamais d’être posées et débattues au moment où la carte du leadership économique mondial change de visage. De nouveaux pays émergents montent en puissance tandis que de vieilles économies qu’on croyait bien installées sont en perte de vitesse quand ce n’est pas en déconfiture. L’Europe nous livre des exemples édifiants. Le modèle français qui a toujours inspiré les décideurs et responsables marocains à tous les niveaux a atteint ses limites. Et les Français eux-mêmes en attestent. Leur industrie est résolument de moins en moins compétitive, leurs systèmes de sécurité sociale et de retraites sont en panne malgré des réformes répétitives, leur système scolaire n’est plus une référence mondiale contrairement à l’anglo-saxon…

Les conclusions du rapport de l’ancien patron d’EADS et de la SNCF, Louis Gallois, sur la compétitivité de l’économie française sont sans appel : la France a considérablement perdu du terrain par rapport à d’autres pays et notamment sa voisine l’Allemagne qui, en préservant son industrie, entre autres, a su garder son rang parmi les économies mondiales les plus performantes.

Cela nous interpelle nous autres Marocains à plusieurs titres. Continuer et s’entêter à prendre systématiquement la France comme modèle est une erreur stratégique. On peut benchmarker et, évidemment, s’inspirer de ce qui fonctionne bien chez eux mais pas transposer aveuglément. Notre arsenal juridique actuel, et particulièrement en matière fiscale, largement copié de la France, avec ses lacunes et ses incohérences, en est la meilleure illustration. Ce réflexe hérité de nos relations d’anciens colonisés et colonisateurs nous a suffisamment inhibés durant quarante années en ne nous laissant pas voir ce qui se passe ailleurs. En matière d’industrie, par exemple, l’Allemagne est un meilleur modèle pour nous.

D’autres pays comme la Turquie, la Corée du Sud, la Malaisie ou encore le Brésil peuvent nous inspirer pour bâtir une économie tournée vers les nouveaux métiers du monde.

Même chez nous au Maroc, nous avons des expériences réussies qui ne sont pourtant inspirées ni de la France ni d’ailleurs mais que nous avons construites nous-mêmes. C’est le cas de l’aéronautique et de l’automobile devenus de véritables moteurs de l’économie. Si ces expériences sont pour l’instant concluantes c’est parce que tout simplement elles ont été réfléchies et élaborées avec du bon sens économique qui se résume aux théories de base qu’on apprend dans les premiers cours d’économie : l’offre et la demande, les avantages comparatifs, les cycles de croissance mondiaux et autres concepts. Et, depuis quelques années déjà, tout indique que l’essentiel du commerce mondial et de la croissance n’est plus en Europe mais dans d’autres régions, notamment l’Asie. Nos stratégies sectorielles, industrielles ou autres doivent désormais tenir compte de cette donne. L’ignorer revient à compromettre sérieusement nos chances de réussite.