Question de dialogue

Depuis au moins un an, notre paysage politique ressemble à  un véritable champ de bataille : PAM contre PJD, PJD contre Istiqlal, aujourd’hui PPS contre Mouvement Populaire sans oublier les syndicats, les associations..

Quand on a suivi les développements de notre scène politique, depuis quelques mois, et en particulier les tiraillements et les guerres sans merci que se livrent les partis et leurs responsables, que ce soit entre la majorité et l’opposition ou au sein même de la majorité, quand on a assisté à tant de brutalité verbale, de violence, de virulence, on ne peut être que déconcerté, quand on voit, par exemple, la facilité avec laquelle le PJD et le RNI ont repris les discussions. Il y a quelques jours encore, lors de la séance mensuelle des questions au chef du gouvernement, ce dernier nous avait gratifiés d’un morceau d’anthologie, peut-être le meilleur cette année, en matière de joute politicienne.

Depuis au moins un an, notre paysage politique ressemble à un véritable champ de bataille : PAM contre PJD, PJD contre Istiqlal, aujourd’hui PPS contre Mouvement Populaire sans oublier les syndicats, les associations… A l’image de ce qui se passe en politique aujourd’hui, malheureusement, les Marocains semblent s’être habitués à la violence comme mode de vie et c’est le contraire qui les étonne. Ce qui est plus inquiétant, c’est que cette «addiction» à la violence dépasse le stade de la joute verbale pour devenir de la vraie violence qui mène parfois à des drames. Ces deux ou trois dernières années, nos stades de football ont probablement connu plus de morts qu’on n’en avait vu en plusieurs décennies. Le dernier en date est celui du jeune supporter mort à Casablanca à la suite d’événements qui ont succédé au match du Raja contre Nice. Un match amical de surcroît. Quelques jours auparavant, un match, lui aussi amical entre les deux clubs de la capitale, le FUS et les FAR, a failli tourner au drame à grande échelle.

En ce mois de jeûne et d’abstinence, on ne peut pas dire que nos rues sont des havres de paix. Il est pratiquement impossible de faire un tour au marché, de prendre un taxi, d’aller dans des lieux de forte affluence ou dans une administration publique et de ne pas assister au moins une fois à une scène de bagarre.

Du coup, les Marocains donnent cette étrange et inquiétante impression de se faire constamment la guerre et d’avoir perdu toute notion de dialogue. Or, et c’est là le paradoxe, le Maroc et les Marocains ont toujours été donnés en exemple en matière de pacifisme. Et nous le sommes encore à ce jour. Le printemps arabe tel que vécu dans les pays de la région et tel que nous l’avons vécu en est la meilleure illustration.

Que deux partis qu’on croyait hier des ennemis jurés, en l’occurrence le PJD et le RNI, décident d’aplanir leur différend, de se mettre à table, de discuter et de tenter de construire quelque chose ensemble peut paraître incohérent pour certains. Mais c’est aussi la meilleure illustration que si la folie humaine et la guerre sont destructrices, la vie humaine dans le sens le plus large ne peut se perpétuer que par le seul dialogue et rien d’autre…