Question de chèque

Deux facteurs génèrent
des chèques impayés :
le banquier qui ne soutient pas son client ou la mauvaise foi de celui-ci.
Dans les deux cas,
la sensibilisation est inopérante.

Bank Al Maghrib et le département de la Justice viennent d’entamer une campagne de sensibilisation en vue de rendre au chèque sa crédibilité. L’objectif est d’amener les citoyens et acteurs économiques à  prendre davantage conscience de la responsabilité afférente à  l’émission d’un moyen de paiement. En soi, l’initiative est bonne, par défaut. Mais sera-t-elle d’une quelconque efficacité ? Il est permis d’en douter et cela pour la bonne raison que les causes qui génèrent un chèque impayé sont «insensibles» à  la sensibilisation, si l’on peut dire. Quand un chèque revient impayé, il y a deux explications possibles. La première est que la personne qui l’a émis, de bonne foi, n’a pas été soutenue par son banquier, soit pour manque de provision soit encore pour débit excessif. Ces cas-là , qui impliquent une part d’incertitude, née du bon vouloir d’un responsable d’agence, existeront toujours. Votre banquier peut être votre ami et fermer les yeux, jusqu’au jour o๠il se fera sonner les cloches par sa direction… La deuxième explication est que la personne qui a émis le chèque est de mauvaise foi et entend juste retarder un paiement ou encore berner son fournisseur. Là  encore, ce type de comportement existera toujours. Culturellement, les Marocains rechignent à  s’adresser aux tribunaux et cela fait le bonheur des malintentionnés. Dans ce cas, à  quoi pourrait bien servir cette «caravane de la sensibilisation» ? Il est certain que la restauration de la crédibilité du chèque est une nécessité première. Mais les ingrédients sont connus, une meilleure coordination interbancaire et une justice plus rapide, donc mieux préparée à  traiter les cas de délinquance financière. Cela dit, quelques pistes ont été proposées, et parmi elles, certaines méritent le détour. En revanche, l’idée qui consiste à  imprimer des chèques pré-barrés n’a aucun sens. Le chèque est payable à  vue et doit le rester. De même, la proposition de le rendre non-endossable ne tient pas la route. Elle ralentirait considérablement le volume des affaires du petit commerçant qui n’a pas le temps de se rendre à  sa banque plusieurs fois par jour. Enfin, il convient d’élargir le champ du paiement par carte bancaire, moyen sûr et rapide, comme c’est le cas en Europe o๠les petites transactions se font essentiellement par support monétique. Peut-être qu’il aurait mieux fallu consacrer les ressources mobilisées pour cette caravane à  équiper des commerçants en TPE ?