Quelque chose qui chiffonne

Un groupe terroriste existant depuis 15 ans et personne n’en sait rien, des armes cachées depuis 13 ans sans avoir servi et aucun acte jusqu’à  présent. Sait-on tout sur l’affaire Belliraj ?

En dépit d’un effort indéniable de transparence et de persuasion déployé par les autorités au cours de la semaine qui a suivi le déclenchement de l’affaire Belliraj, il y a dans l’opinion publique une sorte de scepticisme. Quelque chose chiffonne les esprits.

On est, dans ce cas-là , loin de la traditionnelle méfiance qu’expriment les Marocains vis-à -vis de tout ce qui vient de l’Etat, de ce «makhzen» implicite que l’on garde au fond de soi, même si l’administration et ses méthodes ont énormément changé. Personne ne met en doute la réalité des armes découvertes ni l’existence d’un réseau dormant, ni l’implication – qui reste à  prouver – d’un certain Abdelkader Belliraj, inconnu jusque-là  et dont on veut bien accepter qu’il soit coupable. Ce que l’opinion publique met en doute, c’est la construction du scénario. Un groupe terroriste constitué depuis 15 ans et encore existant sans qu’aucune indiscrétion ne filtre alors que la police marocaine est généralement bien informée ; des armes entrées au Maroc depuis 13 ans et n’ayant pas servi depuis ; des hommes politiques supposés être parmi les meneurs, en contradiction avec ce que l’on sait de leurs penchants ; et tout cela pour aucun fait d’armes jusqu’à  présent, excepté une tentative d’assassinat d’un juif marocain remontant à  1996 et dont le lien avec le réseau Belliraj reste à  prouver.

Cela fait quand même beaucoup d’énigmes, surtout face à  la position de l’Intérieur qui affirme avoir reconstitué l’ensemble du dispositif et joue la carte de la communication en dévoilant noms, dates et actions, alors même que ces informations sont censées être secrètes pendant l’instruction judiciaire et à  plus forte raison l’enquête de police. Devant la multitude de détails livrés et la cohérence du scénario expliqué, on a l’impression que la culpabilité de ces «présumés innocents jusqu’à  preuve du contraire» est certaine, mais pourquoi ces 15 ans, ces 13 ans, cette absence d’actes terroristes jusqu’à  présent. Et quel délai représente cette «stratégie d’action à  long terme» dont parle l’Intérieur ? Là , pas de réponse. De là  se pose la question légitime : et si l’affaire était en réalité plus grave qu’on ne veut bien le dire ?

Il appartiendra à  la justice de se prononcer et le message royal est venu, fort à  propos, rappeler qu’elle seule a le droit de se prononcer sur la culpabilité éventuelle des mis en cause. Pourvu qu’elle arrive à  faire fi de cette pression qui a déjà  entériné la culpabilité des 35 personnes.