Quand le foncier va…

Le foncier ! Un des points noirs de notre économie. Ce n’est pas pour rien, entre autres, qu’une large partie des 450 millions de dollars accordés au Maroc récemment par le Millenium Challenge sera consacrée à résoudre les problématiques relatives au foncier, afin de faire en sorte que cette ressource très précieuse soit réellement mise au service du développement de l’investissement et de l’économie de manière générale et pas le contraire.

Aujourd’hui, c’est encore malheureusement le cas. Quand on entend parler des patrons de grandes entreprises publiques, notamment celles chargées des infrastructures ou du transport, de l’avancement de leurs projets, on comprend l’ampleur de ce gros problème qu’est le foncier. De nombreux projets de routes, d’autoroutes, de voix ferrées sont souvent retardés pendant des mois voire des années à cause du foncier: terrains squattés, expropriations difficiles, parcelles non apurées…

Histoire véridique vécue par Autoroutes du Maroc : un échangeur arrivé à saturation et qui avait besoin d’urgence d’une opération d’élargissement parce que sur un tronçon très stratégique a dû attendre deux années et voir son montage technique modifié à cause notamment d’un problème d’expropriation rendue difficile par les riverains. La ligne du TGV elle aussi a eu son lot d’ennuis à cause du foncier. Des projets aux retombées économiques et même sociales importantes ont été et sont retardés à cause du foncier. En plein cœur d’une ville comme Casablanca, il existe aujourd’hui parsemées un peu partout des zones et îlots anachroniques, des parcelles restées figées, inutilisées, gelées depuis des années au moment où la ville a besoin de plus de terrains et d’espaces. C’est scandaleux, honteux !

Il y a quelques mois, le gouvernement avait tenu une rencontre aux allures d’assises spécialement pour faire le point sur la question. Qu’est-ce qu’il en était sorti ? Beaucoup d’idées, de pistes d’amélioration, de grandes déclarations d’intentions surtout. Mais tout cela ne nous avancera pas à grand-chose tant que le dossier ne sera pas pris par le bon bout : Le premier et dernier responsable n’est autre que l’Etat lui-même puisqu’il est détenteur d’abord de la force publique qui doit être activée avec rigueur à chaque fois qu’il s’agit de l’intérêt général. Nos magistrats, qui croulent sous les dossiers liés aux litiges fonciers, sont les mieux placés pour savoir que prononcer un verdict est une chose et le faire appliquer en est une autre.

Ensuite, l’Etat est également législateur et tant que le foncier au Maroc continuera d’être régi par ce qu’on appelle un millefeuilles juridique, dans lequel on trouve des textes datant encore du début du 20e siècle, des lois mal faites, obsolètes ou inappliquées, tant que l’Etat n’a pas décidé de se doter d’un vrai code unifié, moderne, notre économie continuera toujours de traîner ce boulet. Espérons au moins que les millions de dollars de la MCC seront utilisés à bon escient et permettront d’enclencher un début de révolution…