Prise d’otage

Quelle que soit l’issue choisie, les partis politiques devraient en profiter pour revoir leur sens des priorités.

Nous l’avons souvent écrit dans ces même colonnes : à force de ne voir que les considérations d’ordre politique, de ne prendre en compte que leurs petits calculs, les partis ont fini par prendre en otage le pays et en particulier l’économie. Et ce qui était redouté depuis quelques mois est aujourd’hui une réalité. Le pays est dans une impasse qui paralyse toute activité et de surcroît à un très mauvais moment.

Certes, d’un point de vue purement intellectuel, l’épisode actuel peut paraître intéressant dans la mesure où certains analystes y voient un signe de maturation politique. Oui, la pratique démocratique suppose que les partis usent de leurs droits dans le respect des textes et l’Istiqlal, de ce point de vue, n’est peut-être pas à blâmer. Mais que fait-on de l’intérêt du pays, de la nation ? Car, étonnamment, chaque parti crie aujourd’hui haut et fort dans ses communiqués qu’il agit dans l’intérêt de la nation. Mais le fait est que la situation actuelle va exactement à l’encontre de ces intérêts : la situation économique actuelle nécessite des décisions urgentes, des réformes doivent être enclenchées, la communauté des affaires et les investisseurs ont besoin d’être rassurés et on ne peut pas dire que ce qui se passe actuellement est de nature à les tranquilliser.

Quelle que soit l’issue choisie, et indépendamment de sa faisabilité, de son coût et de ses conséquences, les partis politiques devraient en profiter pour revoir leur sens des priorités. Il est normal qu’entre alliés et partenaires, il y ait des divergences de points de vue et le débat ne peut que faire avancer la machine. En revanche, quand les différends deviennent à caractère personnel, le débat cède la place à la querelle et à la surenchère politique pure et simple. Si à cela on ajoute les humeurs et l’entêtement des uns et des autres, on obtient le résultat que nous avons sous les yeux aujourd’hui. Pour régler ce type de différends ou régler leurs comptes personnels, les partis politiques pourraient et devraient utiliser d’autres canaux que les institutions en laissant le Parlement et le gouvernement jouer leurs rôles, à savoir la législation et la gestion des affaires. Rester enfermés dans une logique politico-politique ne nous mènera nulle part. Si les partis n’arrivent pas à se mettre d’accord sur les quotas et les portefeuilles et si, comme ils le prétendent tous, ils sont mus par l’intérêt du pays, ils devraient se mettre tous autour d’une table, se fixer des priorités et des objectifs pour sortir de la crise et, pourquoi pas, se constituer en gouvernement d’union nationale. Peut-être aussi qu’en pareille période, les politiques devraient oublier pour un temps leurs couleurs et se rassembler autour des fondamentaux qui les unissent encore, à savoir Dieu, la Patrie et le Roi.