Prime d’hôtel trois étoiles

D’un côté des frais de mission à  l’étranger qui ne dépassent pas 2 500 DH par jour, tout compris, de l’autre un système qui permet au ministre en toute légalité de fixer lui-même le montant de sa prime. Quelque chose cloche.

Un ministre des finances est-il en droit de recevoir une prime de son ministère ? Si sur le plan légal rien n’interdit cette pratique (voir article), la question mérite débat. Certains considèrent que le ministre occupe un poste forcément exposé puisqu’il a en charge la politique économique de l’Etat et la responsabilité de ses équilibres financiers. Il est donc, tout comme le personnel du ministère qu’il chapeaute, habilité à recevoir un bonus pour son action. L’autre hypothèse, tout aussi valable, est que le ministre est d’abord un responsable politique et non technique. En tant que tel, il devrait s’abstenir de percevoir une prime qui récompense, en théorie, les efforts des fonctionnaires, qui permettent à l’Etat de recouvrer ses droits. De cet effort, il est responsable et garant, dit-on. Il est payé pour cela, en tant que ministre, qui n’a pas, justement, le statut de fonctionnaire et qui, ajoute-t-on, une fois son mandat achevé, jouit d’une confortable retraite.

On peut peser à loisir le pour et le contre de ces arguments. La seule certitude est qu’un silence juridique existe et le sujet mérite débat. Mais pas le débat auquel nous assistons aujourd’hui. Pas le fait de jeter en pâture à l’opinion publique des commis de l’Etat en insinuant à mots à peine voilés qu’ils seraient des «voleurs». Pas le fait de se servir de cela pour un règlement de comptes politique. Il n’y a pas eu un seul ministre des finances qui a bénéficié d’une prime, mais plusieurs ont fait de même… tout comme d’autres se sont abstenus.

Si ce déballage public a permis à certains de se positionner sur le plan de la vertu qui sied «si bien» à ceux qui prétendent laver plus blanc, on devrait leur poser la question : et après, que fait-on maintenant ? En  fait, il n’y a pas un «après», il y a déjà un «avant», puisque depuis 3 mois déjà, le chantier de la réforme des primes du ministère des finances a été ouvert. Après ? Après il faut aller jusqu’au bout, mettre en place des critères clairs, connus de tout le monde, équitables et acceptés.
Au delà, il faudrait aussi que l’Etat se penche sur le statut de ces ministres dont les salaires n’ont pas varié depuis près de 20 ans qui, lors d’un déplacement au Maroc, y vont de leur poche ou se font inviter par des opérateurs locaux et n’ont droit qu’à 2 500 DH par jour pour représenter le Royaume du Maroc à l’étranger. De quoi se payer à peine un trois étoiles, manger dans un snack et rêver dans la pénombre de l’arrivée d’une prime. Economies de bout de chandelle d’un côté, faille juridique pouvant donner lieu à abus de l’autre. Il y a quelque chose qui cloche.