Prenez vos responsabilités, Monsieur Benkirane

On en est arrivé à  ce point ! Au point d’être sur la défensive, au point de se sentir obligé d’expliquer qu’une manifestation culturelle n’avait pas de rapport avec une quelconque politique, ni subsides étatiques.

Il y a d’abord eu l’appel pour «une expression culturelle propre», puis l’attaque contre Mawazine, jugé trop cher, trop dispendieux, au détriment des besoins du pays, ensuite, cette attaque contre le Festival «Voix de femmes» de Tétouan, qualifiées de p…, rien que ça ! Le tout signé par des militants du PJD.

Il y a quelques jours le directeur artistique du Festival Mawazine s’est senti obligé de répondre en expliquant que l’événement ne recevait pas d’argent de l’Etat. 

On en est arrivé à ce point ! Au point d’être sur la défensive, au point de se sentir obligé d’expliquer qu’une manifestation culturelle n’avait pas de rapport avec une quelconque politique, ni subsides étatiques et que l’on se débrouillait pour apporter un peu d’activité festive dans ce pays.

Ce qui se passe est très alarmant. Car, jusqu’à présent, on n’a pas entendu le gouvernement s’exprimer en tant que tel sur ces questions. On n’a pas entendu le ministre de la culture parler d’un sujet qui devrait le préoccuper au plus haut point. Et si le chef du gouvernement s’est exprimé dans la presse, c’est pour exprimer son désaccord avec son ministre des relations avec le Parlement. C’est bien M. Benkirane mais cela ne suffit pas. Et puis, question importante : M. Benkirane aurait-il réagi si c’était un festival autre que Mawazine, qui, lui, a la bénédiction du Roi ? Il est permis d’en douter.
Le gouvernement a d’abord une responsabilité : celle de protéger l’initiative culturelle, pourvu qu’elle ne constitue pas une atteinte à la loi. Or, d’une part, les festivals ne sont pas ces lieux de débauche que l’on voue aux gémonies et, d’autre part, le gouvernement ne réagit même pas quand des chanteuses se font traiter de prostituées. Il est du droit des militants du PJD d’être contre, mais sans porter atteinte à la dignité des gens ou – dangereux – inciter à la haine. Il est de la responsabilité de l’Etat de protéger les citoyens de la diffamation. A qui le tour demain ? Le Festival de Casablanca, celui de Gnaoua, Tanjazz ?

Ensuite, le gouvernement a un devoir, celui de promouvoir la culture, ce qu’il ne fait pas. Dans d’autres pays, ce sont les Etats, les villes et les régions qui participent à l’organisation d’événements culturels. Tout le monde y trouve son compte : les citoyens, le commerce, le tourisme, le pays, qui met en avant son image.  Ici, non seulement l’Etat ne donne rien, mais, en plus, les initiatives privées ou émanant de la société civile sont prises à partie sans que l’Exécutif ne réagisse ! PJD ou pas, prenez vos responsabilités Monsieur le Chef du gouvernement.