Pour le principe

Aussi imparfaite soit-elle, la justice doit être respectée. Si quelque chose doit être changé, c’est la loi.
Et là , les institutions ne jouent pas leur rôle.

L’affaire des détenus islamistes en grève de la faim est diversement appréhendée par la société marocaine. Les uns estiment qu’ils ne méritent aucune commisération, les autres pensent que tout coupables qu’ils soient, leurs droits doivent d’être respectés quitte à rouvrir le dossier de leurs procès.
Les uns et les autres ont certainement raison et tort à la fois, les deux logiques de leur raisonnement sont cohérentes quand on y prête une oreille attentive. Deux ans après ce douloureux 16 mai 2003, ceux qui ont eu le temps de digérer l’horreur en appellent au discernement, à la réparation des erreurs commises envers les coupables. Ceux qui restent encore meurtris estiment qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Il y a peut-être eu des dépassements, mais c’est le prix à payer pour combattre ceux qui voulaient détruire la nation. A cela, il faut ajouter le fait que ces détenus, qui ont choisi de se manifester en force à la veille du 16 mai, justement, réclament aujourd’hui d’être libérés sans conditions. Et les 45 victimes ? Et les veuves et les orphelins ?
La seule question qui mérite aujourd’hui d’être posée, au regard du droit, est la suivante : faut-il réviser les procès de ceux qui auraient éventuellement été condamnés de manière disproportionnée ou injuste ?
La réponse est non. Deux arguments pour cela.
Le premier est que le déclenchement d’un tel processus créerait davantage de problèmes qu’il n’en résoudrait. Quels que soient les critères retenus (durée de détention, pertinence des preuves à charge…) pour sélectionner tel ou tel condamné, la surenchère, liée à la dimension politique du dossier, sera bel et bien présente. On risquerait alors de se retrouver avec une grève de la faim bis et ter jusqu’à l’infini.
Le second est que la justice a dit son mot et que les voies de recours courantes ont été épuisées. Reprendre la procédure reviendrait tout simplement à opposer un déni à la justice. Aussi imparfaite, aussi peu crédible soit-elle, la justice se doit d’être respectée. Sa remise en question ouvrirait la porte à tous les abus. Si quelque chose doit être changé, amélioré, c’est au niveau des textes que l’on doit agir. Le code de procédure pénale, la loi antiterroriste ne sont pas des modèles d’équité ? Amendons-les. Et, là encore, il y a des institutions, comme le Parlement, qui doivent jouer leur rôle. On glose toujours sur le peu de pouvoir des institutions, mais on a rarement entendu leurs voix – et celle des partis – s’exprimer, prendre position sur ces sujets avec des arguments et des contre-propositions. C’est le mécanisme qu’il faut corriger et il faut bien que les institutions fassent leur travail. Sinon, pour les ratés de la machine, il existe la grâce royale