Petites mais efficaces !

Les meilleures réformes commencent parfois par de petites actions structurantes qui ne disent pas leur nom. Ce qui se passe depuis quelques semaines au Parlement en est une parfaite illustration.L’hémicycle a toujours traîné une image ringarde au Maroc : des élus dans des tranches d’âges souvent élevées, donc théoriquement déconnectés de la réalité d’un pays à majorité de jeunes, des méthodes de travail archaïques et dépassées, un discours trop soutenu et par moment techniciste que ne comprennent que ceux qui sont dans la salle, et encore…

Au fil des années, les Marocains ont fini par accepter cette fatalité : le Parlement ne sert à rien ! En attestent les taux de participation aux élections qui ne dépassent que rarement les 30%. Mais voilà qu’on découvre que nos élus ne sont pas si ringards qu’on le croyait. Mieux, ils sont friands des nouvelles technologies, des Smartphones, tablettes et tout ce qui peut leur permettre d’être plus performants, plus rapides et de régler plus rapidement leurs soucis de politiciens.

Nos députés, nous dit-on, seront entièrement digitalisés en 2015 et probablement plus productifs. Qui l’aurait cru !La réussite d’une réforme est en grande partie tributaire du choix de la démarche adaptée. S’il est vrai que les stratégies sectorielles à caractère économique requièrent des démarches «holistiques» basées sur la mobilisation générale avec une forte dose de marketing, d’autres réformes à caractère sociétal ne s’y prêtent pas forcément au vu des résistances profondes qu’elles suscitent généralement.  La corruption, la justice, l’école.

Pour ces trois sujets précisément, les réformes, stratégies et autres plans d’actions se sont succédé et continuent au gré des gouvernements et de leurs couleurs pour des résultats presque nuls. N’est-il pas grand temps de revoir la démarche? Pour la justice, par exemple, la réforme pour aller vers un système judiciaire indépendant et autonome requiert certes une réflexion de fond. Mais pour le justiciable, la réforme commence et finit au tribunal avec des détails plus de l’ordre de l’opérationnel : l’organisation, les horaires, la facilitation des procédures administratives et de l’accès aux documents, la signalisation et l’information dans les enceintes des tribunaux, le comportement des fonctionnaires depuis le portier jusqu’au magistrat en passant par les greffiers et le caissier… Toute cette série de petits dysfonctionnements n’a pas forcément besoin que l’on fasse des ateliers pendant deux ans pour les régler ni même de ressources financières.

Et tant qu’ils ne seront pas résolus, notre justice sera toujours défaillante aux yeux des premiers concernés, les justiciables, quand bien même nos juges deviendraient parfaitement indépendants des autres pouvoirs. De petites mesures peuvent être plus efficaces que les grandes usines à gaz ! n Saâd Benmansour