Pestiféré

Je suis dans l’avion. A côté de moi, T. Cox, 45 ans, père de quatre enfants, américain moyen. Conversation aimable…et blague d’un goût douteux : «Comment se portent vos terroristes ?».
J’ai mal à mon pays.

Mardi 16 novembre, aéroport de Chicago, Etats-Unis. A la sortie de l’avion en provenance de Francfort, les représentants de la police des frontières examinent les passeports des passagers. Rien à signaler, sauf pour moi. Je suis poliment invité à me diriger vers une aile à part pour subir un entretien, puis remplir un formulaire, puis, re-entretien avant une prise d’empreintes, une photo (souvenir?) et une fouille en règle de ma valise. Le tout aura duré une heure. Très poli, le policier, qui ne m’a pas lâché d’une semelle, m’avoue que le Maroc est sur une liste particulière, avant de se rétracter et d’affirmer qu’il s’agit d’une sélection «aléatoire». Au retour, me signale-t-on, il faudra se présenter au service de l’immigration pour avertir de mon départ, faute de quoi, à ma prochaine visite, je serai refoulé. Je me sens coupable. De quoi? De rien, mais juste coupable.
Jeudi 18 novembre. Quelque part entre Chicago et Schamburg, dans un bus rempli de journalistes, je lie conversation avec un confrère espagnol. Le cliché de l’amitié entre nos deux peuples, si cher à la langue de bois officielle, ne tarde pas à voler en éclats. Gêné, et avec l’air de s’excuser d’être aussi franc, le confrère me lâche, au bout d’un quart d’heure : «Vous savez, en Espagne, de plus en plus de gens ont tendance à voir les Marocains comme des terroristes potentiels». Je suis révolté.
Dimanche 20 novembre. Je quitte les Etats-Unis. Re-empreintes, re-entretien et re-photo. Une demi-heure. Le service de l’immigration me juge «apte». Ouf ! je suis dans l’avion. A côté de moi, T. Cox, 45 ans, père de quatre enfants, américain moyen. Conversation aimable… et blague d’un goût douteux : «Comment se portent vos terroristes ?». J’ai mal à mon pays.
Lundi 21 novembre, aéroport de Francfort. Obligé d’attendre une correspondance vers Casablanca, qui n’aura lieu qu’à 22 heures, je décide de visiter la ville. En dépit de mon visa parfaitement en règle, le représentant de la police des frontières ne l’entend pas de cette oreille. Mon voyage prévoyait-il une visite de Francfort ? Pourquoi y vais-je, chez qui, combien durera ma visite, où est mon billet de retour ? Ne vaudrait-il pas mieux rester à l’aéroport et attendre patiemment le vol ? Je suis un pestiféré.
Voilà, en condensé, ce que ressent un Marocain qui voyage aujourd’hui à l’étranger. Le Maroc a mal à son image et ce ne sont pas les excellentes relations bilatérales et les paroles de bon voisinage qui changeront les choses. Un sérieux travail de communication doit être entamé. Nous ne sommes pas des terroristes .