Perdants par forfait

Le constat est affligeant.
Le PJD a gagné le match des élections avant même de l’avoir joué et les partis politiques ont perdu la bataille sans l’avoir engagée.

Savez-vous quelle est la mode actuelle ? C’est de parler du PJD. Pas une discussion de salon, pas un entretien officieux, pas une interview de leader partisan sans que l’on n’évoque la victoire du PJD aux élections législatives de 2007. Même certaines figures bien en vue de la société civile lui trouvent des vertus qui n’existent pas ailleurs.

Bien entendu, la presse nationale qui joue à  se faire peur amplifie l’information et conditionne le lecteur. Les médias étrangers, friands de tout ce qui touche à  l’islamisme, s’informent auprès de sources «proches du dossier» alimenté par des articles et des on-dit et s’empressent de tabler sur un raz-de-marée «barbu». Résultat, tout le monde est convaincu que le PJD sera LE parti qui remportera une écrasante majorité. A tel point que les responsables d’ambassades marocaines à  l’étranger sont constamment questionnés sur la «menace PJD».
Personne ne s’est réellement posé la question de savoir comment va voter le Marocain rural, le Rbati traditionnellement USFPiste, ou le Fassi istiqlalien. Aucune enquête sérieuse n’est venue étayer l’ampleur de la victoire éventuelle du PJD.

Le PJD a-t-il ce potentiel qu’on lui prête ? La question n’est pas là  aujourd’hui, ce qui est anormal c’est que tout le monde y croit, entretenant ainsi le mythe.
A commencer par les partis politiques eux-mêmes. De manière déclarée ou implicite, ils font les yeux doux au PJD en se disant qu’il est incontournable dans la course au pouvoir. Même ceux dont l’idéologie est fort éloignée de celle du PJD laissent une porte entrouverte à  travers des réponses de Normand.

Le constat est affligeant. Le PJD a gagné le match des élections avant même de l’avoir joué et les partis politiques ont perdu la bataille sans l’avoir engagée. Dans l’équation des législatives de 2007, le parti islamiste est une constante qui s’accommodera de multiples inconnues qui s’appellent USFP, Istiqlal, MP, RNI ou autre. Bel exemple d’ardeur au combat.
Nous n’avons personnellement rien contre le PJD. Bien au contraire, dans nos colonnes, il nous est souvent arrivé de souligner la rigueur et le sérieux dont le parti fait preuve dans sa mission, mais on semble oublier que c’est avant tout un parti politique, composé de Marocains comme nous, et sujet aux mêmes faiblesses, aux mêmes travers. On semble oublier que le PJD joue souvent la modération de façade.
Le PJD a sa place dans le jeu politique, mais il ne faut pas non plus en faire le seul joueur capable de marquer. Le match est dans un an et demi. De quoi préparer une bonne équipe… si on le veut.