Passage de témoin

Beaucoup pensent qu’un Jettou pour 5 ans de plus ne serait pas un luxe. Ce serait cependant doucher cette flamme encore vacillante du renouveau partisan.

Dans quelques semaines, le gouvernement Jettou tirera sa révérence après cinq ans de bons et loyaux services, selon l’expression consacrée. Il n’aura pas démérité. Le bilan du travail accompli par une coalition de cinq partis aux tendances opposées, menée par un Premier ministre non partisan, est à saluer. Solutions ingénieuses trouvées aux problèmes – qui semblaient insolubles – des entreprises publiques, engagements tenus sur un programme daté et chiffré, capacité à surmonter les aléas survenus (attentats, tremblement de terre, sécheresse), chantiers d’infrastructures lancés, réformes de l’arsenal législatif entreprises et harmonisation des objectifs et moyens avec les nombreuses initiatives lancées par le Souverain. Driss Jettou, en tant que Premier ministre, aura réussi un challenge qui force le respect au sein même des partis.

Il est cependant un fait qui mérite particulièrement d’être relevé. Pour proposer, en 2002, à la validation du Roi, un gouvernement capable d’atteindre les objectifs fixés, le Premier ministre avait eu recours à une technogreffe, une coloration politique forcée qui avait fait grincer des dents, tant elle semblait outrageuse envers les partis. Aujourd’hui, cette stratégie a non seulement été payante, mais surtout elle a permis à de nombreux cadres de réaliser qu’ils pouvaient, eux aussi, intégrer le jeu politique et avoir un poids dans la gestion du pays. Ils en veulent pour preuve ces ministres istiqlaliens ou RNIstes qui ont brillé.

Résultat, alors qu’il y a à peine deux ans on désespérait de voir les formations politiques renouveler leurs élites et qu’on les vouait à une sempiternelle inutilité, on assiste aujourd’hui à un regain de confiance avec des profils de haut niveau qui grossissent le rang des encartés. Certes, la désaffection reste perceptible dans la base, mais ne dit-on pas que l’exemple vient d’en haut ?

Dans ces conditions, si, en 2002, l’on pouvait concevoir que l’intérêt du pays impose la nomination d’un technocrate à la tête du gouvernement et l’injection forcée de cadres dans les partis, on peut raisonnablement penser aujourd’hui, à la faveur de la dynamique ambiante, qu’il doit bien se trouver au sein de ces partis des profils valables pour avoir une vision et mener à bien un programme. Beaucoup pensent qu’un Jettou pour 5 ans de plus ne serait pas un luxe. Ce serait cependant doucher la flamme encore vacillante du renouveau partisan. Et l’on sait combien une mèche humide est difficile à rallumer. Merci pour tout, M. Jettou.2