Pas de cadeaux

Avec trois partis de poids hors de l’Exécutif,
le gouvernement sera
le cobaye de la nouvelle expérience où une opposition forte et réelle s’exprimera au Parlement.

Finalement, le nouveau gouvernement a émergé de l’enlisement provoqué par les prises de position de l’USFP et du Mouvement populaire. La première a fait le choix de jouer le jeu. Le second, lui, s’est vu opposer une fin de non-recevoir qui l’a relégué dans l’opposition.

Cet événement, bien qu’ayant permis de contourner le blocage, constitue aujourd’hui une difficulté supplémentaire pour l’équipe de Abbas El Fassi.
En effet, s’il est plus que probable que le gouvernement arrive à faire valider par les députés son plan d’action, la suite, elle, sera moins facile. En 2002, l’opposition, fragilisée par un ensemble de partis au nombre d’élus peu significatif, n’était véritablement matérialisée que par le PJD avec ses 42 sièges. Aujourd’hui, il faudra compter avec ce même PJD, qui dispose de 46 élus, un MP avec 39 élus – sans compter quelque 20 autres ralliés – et, enfin, une UC requinquée qui entend bien réaffirmer son poids dans le jeu politique. Au total, rien qu’en comptant les sièges de ces trois grandes formations, on aboutit à 127 voix qui pourraient faire de l’opposition concertée.

Certes, dans une démarche a priori empreinte de responsabilité, aussi bien le MP que l’UC ont affirmé ne pas se placer dans l’optique du contre systématique, préférant soutenir ou rejeter en fonction de la nature des projets de loi. Mais ne nous y trompons pas, au gouvernement, il ne sera pas fait de cadeau, car chacune des trois formations a des griefs envers M. El Fassi. Pour le PJD, c’est la frustration d’avoir été d’emblée écarté des négociations dans la formation du gouvernement alors qu’il n’a raté que de quelques sièges la première place. Pour l’UC, c’est l’impression de n’avoir pas été pris au sérieux alors même qu’il a décroché 8,3% des sièges, enfin pour le MP, c’est la rancœur de se voir victime d’un processus torpillé par l’USFP.

Le gouvernement El Fassi, donc, devra s’armer de patience et surtout être bien préparé pour défendre dossiers et projets de loi face à des députés décidés à en découdre. Il sera le cobaye de la nouvelle expérience d’un Parlement où, pour la première fois depuis la fin des années 80, une opposition consistante et forte fera entendre sa voix. La bataille commence.