Paradoxes

Combien de Marocains savent ce que fait le gouvernement ou le Parlement ? Pour nombre d’entre eux, le seul repère institutionnel est le Roi…

Et voilà  que le débat sur la réforme de la Constitution refait surface. Cette fois-ci, on aura eu droit aux propositions d’un collectif d’associations, là  o๠l’on attendait les partis politiques. Alors que, parmi ces derniers, certains ont annoncé, il y a quelques mois, leur intention de présenter leur mémorandum à  qui de droit, d’autres, au hasard de leur réunions, ont effleuré le sujet, et presque tous, à  des degrés divers, sont unanimes sur la nécessité d’une réforme.

Pourquoi les formations politiques ne présentent-elles pas de propositions concrètes ? Le fait est que le point nodal de cette réforme constitutionnelle, qui revient sporadiquement au-devant de l’actualité, est celui des pouvoirs du Roi. Aborder le sujet tout de go est quelque peu gênant, même pour une intelligentsia qui n’attend ni honneurs ni privilèges; en parler aujourd’hui est stratégiquement risqué pour des partis qui se positionnent dans la course aux élections. Le silence de ces derniers se comprendÂ…

Allons au fond des choses. La question que l’on hésite à  poser de manière frontale est celle de la répartition des prérogatives entre la monarchie et le gouvernement. En clair, le Roi doit-il continuer à  jouer le même rôle exécutif ? Doit-il définir la politique économique du pays alors qu’il est l’arbitre suprême de la nation ? Doit-il nommer les hauts fonctionnaires… ?

Les réponses sont complexes, et la complexité vient du fait même que, chez ceux qui réclament un rééquilibrage des pouvoirs, on est convaincu du rôle prééminent que devrait jouer la monarchie qui reste «le garant», «le symbole de la continuité», «le rempart contre la politisation de l’économie ou du social», bref, le pivot de la politique étatique ; mais, dans le même temps, on lui demande de se mettre en retrait du jeu.

Solution ? Elle s’imposera d’elle-même, et c’est dans la finalité qu’il faut chercher les réponses. Le fonctionnement des institutions n’est pas optimal ? pourquoi ? est-ce une question de pouvoirs ou de manque d’exploitation des marges existantes ? Le Parlement ne fait pas le poids face au gouvernement ? o๠est la motion de censure ? Les problèmes du pays restent en suspens ? quelles responsabilités n’ont pas été assumées comme il fallait ? Cela veut-il dire qu’il ne faut pas réformer la constitution ? Non.

A tout cela il faut ajouter un élément que l’analyse scientifique met souvent de côté : combien de Marocains savent ce que fait le gouvernement ou le Parlement ? Pour nombre d’entre eux, le seul repère institutionnel est le Roi. Ils ont également voix au chapitre.