Opération avec vue sur rue

Des cliniques représentent un danger manifeste pour la santé des citoyens. Que font les médecins ? Ils veulent continuer à  travailler, il faut que l’argent rentre…

Acte I : 140 cliniques privées sur les 360 que compte le pays subissent une inspection conformément aux dispositions de la loi sur l’exercice de la médecine. Ces visites sont effectuées en coordination avec l’ordre des médecins et des PV sont dressés en ce sens. 13 cliniques sur les 140 en question doivent être fermées immédiatement et voir leurs activités opératoires et d’hospitalisation suspendues, en attendant de faire les ajustements nécessaires. A d’autres, non conformes mais ne présentant pas de danger immédiat pour la santé des patients, on accorde un délai pour se mettre à niveau.

Acte II : Le ministère de la santé, autorité techniquement habilitée à juger de la conformité d’un établissement de santé aux normes exigées, saisit le Secrétariat général du gouvernement (SGG) en vue de la fermeture immédiate desdits établissements. Nous sommes le 21 juin. Trois semaines plus tard, rien n’est encore fait et en réponse à des interrogations de la presse le SGG nie avoir reçu la requête en question, poussant le ministère de la santé à opposer un démenti.

Acte III : Le syndicat des médecins du secteur privé attaque en justice la ministre de la santé. Motif : elle n’a pas autorité pour ordonner la fermeture d’une clinique. Il lui reproche également d’avoir divulgué le nom des cliniques concernées et de ne pas avoir respecté la loi en refusant à ces dernières un délai pour se mettre à niveau. Nous sommes le 18 juillet…

Que penser de tout cela ? Voilà des établissements de santé qui mettent en danger la vie de leurs patients et de leur personnel. Leur responsabilité est constatée aussi bien par l’autorité de tutelle mais également par leurs confrères à travers leur ordre. Leur affaire relève non seulement de l’administratif mais également du pénal. Ce que ces médecins ne disent pas c’est que ces rapports d’inspection sont tombés sur des bizarreries qui font froid dans le dos : ainsi en est-il d’une salle d’opération avec fenêtre donnant sur la rue, vecteur potentiel d’une incroyable quantité de germes pour les plaies opératoires. Ainsi en est-il encore d’un bloc opératoire situé au 3e étage d’un immeuble résidentiel, où les poubelles des habitants côtoient les malades dans l’ascenseur.

Et comment réagissent les médecins concernés ? Ils crient à l’injustice, au vice de forme et demandent un délai pour se mettre à niveau tout en continuant à fonctionner et à représenter un danger pour la santé.  De manière crue, c’est la logique de l’argent avant le serment d’Hippocrate. Un mois après la demande de fermeture de cliniques, ces dernières n’ont toujours pas été fermées…