On achève bien la presse…

En plus d’informer, la presse a pour rôle d’éduquer, de participer à  la prise de conscience générale, bref, de contribuer au développement. On en est très loin au Maroc…

A l’instar d’autres secteurs de notre économie, 2012 a été une année catastrophique pour la presse écrite. Et 2013 risque d’être encore pire. C’est que le business model des entreprises de presse a toujours été fortement basé sur les recettes publicitaires. Or, ce n’est un secret pour personne, en cette période de crise, les budgets de communication sont les premiers à subir des coupes, mettant à mal les finances des entreprises de presse.

Mais ce n’est là, en réalité, que la partie visible de l’iceberg car au-delà de cet aspect financier qui n’est que conjoncturel, la crise est bien plus profonde. Elle est d’ordre culturel et sociétal. On le sait depuis la nuit des temps, le Maroc est par excellence un pays de tradition orale. On n’aime pas écrire et encore moins lire. Avec le numérique et le digital qui montent en puissance, la situation s’est aggravée davantage. Aujourd’hui, ce sont, en tout et pour tout, 300 000 personnes qu’on peut qualifier de lecteurs assidus qui achètent et lisent chaque jour un journal. Autant dire rien puisque cela ne représente même pas 1% de la population. En un mot, les Marocains ne lisent pas. Et là, nous sommes dans les fondamentaux mêmes de la presse écrite car un produit ne peut jamais exister sans marché. Et pour le peu de lecteurs qui restent encore fidèles au papier, on ne sait pas exactement ce qui est recherché et apprécié. Si la presse écrite doit se cantonner dans une logique de business pure et dure, elle doit pour cela servir à sa niche de clientèle les sujets dits vendeurs, en l’occurrence le sensationnel, le scandale, le voyeurisme et les sujets futiles. Mais est-ce une solution durable ? Et, ce faisant, la presse écrite remplit-elle réellement sa mission ? L’histoire et les expériences à travers le monde ont démontré que la marche vers le développement commence d’abord par l’éducation et la révolution culturelle. Or, qui dit éducation dit école mais dit également médias et presse écrite. En plus d’informer, la presse a pour rôle de former, d’éduquer, de participer à la prise de conscience générale, bref, de contribuer au développement. On en est très loin au Maroc. Et les quelques titres qui tentent, un tant soit peu, de rester fidèles à cette noble mission ne sont pas sûrs d’être les plus lus.

Que faire alors ? Tenter de s’adapter aux réalités du marché en servant aux Marocains du contenu certes vendeur mais contribuant à leur sous-développement ? Fournir, comme le demande le lecteur, du sensationnel et de pseudo-informations ou scoops sans fondements et en bafouant les règles de base de la déontologie ? Ou, au contraire, continuer de se battre pour une noble mission citoyenne au risque de prêcher dans le désert ? Et avec quels moyens surtout ?