oeillères ibères

L’Espagne à  énormément d’opportunités à  tirer du Maroc mais reste braquée sur ses passions au lieu de faire prévaloir la raison. Elle devrait méditer l’exemple allemand…

Après le dossier du Sahara, c’est au tour de l’accord agricole signé par le Maroc et l’Union européenne dans le cadre du statut avancé de faire les frais de l’hostilité espagnole. En cause, la tomate marocaine dont le contingent autorisé à entrer en Europe sans droits de douane sera progressivement augmenté. Un seul produit, beaucoup de bruit et une victimisation sans précédent tendant à faire croire que c’est toute l’agriculture espagnole et même européenne qui est menacée quand ce sont des agriculteurs andalous qui se cantonnent dans la facilité, qui refusent de se plier au jeu de la concurrence internationale, aux conditions d’un libre-échange réclamé autant par les Européens que par les Marocains eux-mêmes. Il faut lire les termes de cet accord pour y constater la réciprocité concédée de part et d’autre en terme d’ouverture, que ce soit sur les produits frais ou ceux agroalimentaires.

Un accord de libre-échange, et l’Espagne oublie de le dire, comporte des dégâts collatéraux de part et d’autre et qui ont pour corollaire une spécialisation selon les produits où l’on est le plus compétitif et pour le bien des consommateurs communs aux deux marchés concernés, puisqu’ils auront accès à des produits moins chers. Il est de bonne règle de chercher à défendre ses intérêts, c’est la loi du commerce et cela se fait dans le cadre des institutions créées pour cela. Le Maroc a négocié point par point chaque détail de cet accord et, on le sait, l’Union européenne est loin d’avoir été complaisante avec le Royaume. Concession pour concession. Mais l’attitude de l’Espagne, dont les intérêts sont défendus au même titre que ceux des 26 autres pays de l’UE, dépasse de loin le cadre d’une négociation commerciale normale. Notre voisin se place dans un cadre de fixation obsessionnelle sur un ennemi imaginaire : le Maroc.

Et pourtant s’il y a bien quelqu’un qui profite des relations entre l’UE et le Maroc c’est bien l’Espagne. En 2009, elle a été le 2e fournisseur du Royaume en y vendant pour 32,24 milliards de DH de biens (12,2% de nos importations) alors que dans le même temps nous n’exportions que 22 milliards vers le Royaume ibérique. Cherchez la faille… L’Espagne a énormément d’opportunités à tirer du Maroc mais reste braquée sur ses passions au lieu de faire prévaloir la raison. Elle devrait méditer l’exemple allemand, ce grand d’Europe qui a milité pour l’élargissement de l’UE aux pays de l’Est et les a aidés à se développer. Aujourd’hui, ils représentent une importante part de ses exportations. Un brin de hauteur, un soupçon de vision à long terme et une pincée de jugeotte, c’est ce qui manque à l’Espagne.