Myopie

Un logement pour pauvres encore sur le papier,
un logement pour moins pauvres rare, un logement pour classe moyenne inexistant ou trop cher
et un logement de luxe devenu hors de prix…
Mais tout va bien !

Durant les semaines écoulées, La Vie éco a reçu des appels de responsables officiels ainsi que de promoteurs privés concernant la situation de l’immobilier. En gros, on reproche à l’hebdomadaire une «propension» à exagérer les choses en affirmant que le marché du logement est paralysé (cf. notre édition du 25 juillet). On nous accuse d’être à l’origine de la  morosité et on nous dit : «Le meilleur moyen de créer la crise est de dire et répéter qu’elle est là».

Nous serions fiers d’avoir une telle influence sur un marché qui pèse des milliards de DH, sauf que, à l’inverse des officiels, que cette crise dérange, et des promoteurs, qui y voient une menace pour leurs intérêts, nous ne sommes qu’un journal dont la seule préoccupation est de rapporter l’information de manière aussi complète que possible et de tenter une analyse en se basant sur des faits, un historique, des avis de professionnels, justement, et des chiffres.

Reprécisons les choses. Les mots sont bien choisis : le marché du logement est effectivement paralysé. Il n’y a qu’à voir l’évolution de l’encours des crédits immobiliers et le nombre de transactions réalisées chez les notaires. Il n’y a pas de risque de krach, comme c’est le cas aux Etats-Unis, et dans une moindre mesure en Europe, où l’offre existe mais la demande ne suit pas faute de ressources.

Les problèmes que vit le Maroc sont autres.
Une demande forte, mais des logements inadéquats, des prix trop élevés incitant à la retenue ou au produit de substitution (logement économique) et un «noir» exhorbitant. Pour un logement de 120 m2 proposé à 1,5 MDH à Casablanca, il faut débourser, en liquide, quelque 400 000 DH ! A cela s’ajoute la rareté des mises en chantier de logements économiques au cours de l’année 2008, puisque aucune convention à ce titre n’a été signée avec l’Etat.

A cela s’ajoute enfin le retard pris dans la construction des logements à 140 000 DH puisque le foncier promis n’a pas encore été débloqué. Résumé : entre un logement pour pauvres encore sur le papier, un logement pour moins pauvres rare, un logement pour classe moyenne inexistant ou trop cher, et un logements de luxe devenu lui aussi hors de prix, il est normal que le marché du logement soit paralysé.

Il serait à cet égard intéressant de voir si en 2008 et en 2009, nous atteindrons le seuil des 100 000 logements et lots produits (120 000 en 2007). Il y a des mesures à prendre, notamment au niveau de la prochaine Loi de finances. Accuser un journal de provoquer une crise sectorielle, c’est faire preuve d’une myopie… volontaire.