Mondialisation contrôlée

Les grands pays industrialisés ont éprouvé le besoin de défendre leur patrimoine entrepreneurial. Il y a là  quelque chose à  méditer pour les petites économies comme le Maroc.

La mondialisation est devenue une réalité mais il serait naà¯f de croire qu’elle est sans limites. Les règles du jeu telles que la libre circulation des biens et des capitaux, ou encore la concurrence sans entrave, seront respectées tant qu’elles n’entravent pas l’intérêt des puissants de ce monde.
Le patriotisme économique de la France de De Villepin est, ces dernières semaines, riche d’enseignements.

Quand les champions nationaux français multiplient les conquêtes à  l’étranger (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Canada, Etats-UnisÂ…), on applaudit frénétiquement, à  grand renfort de champagne et de cocoricos. Les acquisitions françaises à  l’étranger sont en forte hausse. Mais quand des champions étrangers viennent chasser sur des terres françaises, ils sont accueillis avec des cris d’orfraie, surtout quand ils ont l’outrecuidance de viser de beaux fleurons comme Suez, Arcelor ou Danone.
La France est allée jusqu’à  se doter d’un arsenal juridique pour prévenir les prises de contrôle étrangères dans onze secteurs jugés stratégiques. Le voisin ibérique a réagi de la même manière pour faire échouer les tentatives allemandes de prendre le contrôle de son champion Endesa. La Russie de Poutine applique les mêmes principes et on a vu récemment comment le rachat de ports américains par une société de Duba௠avait soulevé une forte émotion aux USA.

Bien sûr, la position française est critiquable. Elle réduit la concurrence, érige des barrières au fonctionnement de l’Europe et contredit le discours libéral dominant dans le monde.
Mais la plupart des puissances économiques appliquent aujourd’hui les mêmes règles de base dans la guerre économique qui les oppose les uns aux autres : constituer des champions nationaux, protéger les secteurs stratégiques contre les appétits étrangers, maintenir à  l’intérieur de leurs frontières les centres de décision.

Bien sûr, le meilleur champion national est celui qui est suffisamment performant pour, d’une part, résister aux appétits étrangers et, d’autre part, aller lui-même chasser sur des terres étrangères. Si des entreprises françaises dans la pharmacie, la sidérurgie, l’électricité ou l’agro-alimentaire ont pu se développer à  l’étranger, c’est d’abord parce qu’elles étaient suffisamment bien gérées pour pouvoir dégager les ressources financières nécessaires.
Mais dans tous les cas, les grands pays industrialisés comme la France ou l’Espagne ont éprouvé le besoin de défendre leur patrimoine entrepreneurial et il y a là , dans un contexte de mondialisation croissante, quelque chose à  méditer pour les petites économies comme le Maroc.