Mon pays, mon refuge

En pareille période de turbulences et de difficultés qui dure depuis des années, surtout en Europe, on aurait pu penser que les Marocains du Vieux continent seraient moins enclins à effectuer le voyage de retour au pays.

Mais voilà, les chiffres viennent nous prouver le contraire. En tout cas, pour ce qui est du flux qui transite par Tanger Med, point de passage le plus prisé, et jusqu’au 10 juillet, ils ont été 160 000 à traverser le détroit, soit 16% de plus que l’année dernière à la même période. L’année dernière, pour toute l’opération Marhaba à travers l’ensemble des points de passage, le nombre de MRE de retour était en hausse d’environ 11%. C’est la preuve que d’année en année et de génération en génération, non seulement le lien au pays ne se défait pas mais il se renforce, s’intensifie.

En même temps, drôle de coïncidence, un cabinet américain vient de publier il y a quelques jours les résultats d’un vaste sondage sur la condition des immigrés musulmans dans le monde. Un sondage qui, malheureusement mais de manière très prévisible, dévoile la montée inquiétante de la xénophobie et de l’islamophobie aveugle plus particulièrement dans la plupart des pays qui comptent de fortes communautés marocaines notamment la France, l’Espagne, l’Italie et les pays scandinaves.

Peut-on et doit-on lier ces deux phénomènes ? Peut-être pas de manière aussi directe et mécanique, mais il y a forcément une relation. En revanche, on ne peut pas ne pas voir dans ce mouvement annuel et de plus en plus massif des Marocains une sorte de retour aux sources où l’on recherche refuge, réconfort et chaleur auprès de la famille, de la mère patrie.

Si certains peuvent en profiter pour vendre à ces MRE l’idée du retour définitif, cela interpelle en tout cas sur la nature des politiques publiques qui devraient s’adresser à cette catégorie de Marocains. Des politiques publiques qui feraient en sorte qu’on ne considère plus ces MRE comme une simple source de devises et de transferts d’argent pour le pays. Le modèle a fait son temps et il a même produit des effets pervers à la longue surtout avec des générations de Marocains, certes, mais nés en terre européenne et qui, par conséquent, n’ont pas forcément le même type de relations avec leur pays que les générations des migrants des années 60 et 70. Ces derniers se considéraient forcément comme étant résidents de manière provisoire pour un retour au Maroc qu’ils avaient quitté. Les deuxième et troisième générations, elles, se sentent aussi marocaines que françaises, belges, hollandaises ou autres. Ces générations sont forcément plus instruites, plus engagées, moins portées probablement sur un modèle classique de salariat suivi d’une retraite paisible au bled. Et c’est à leur pays de souche, le Maroc, de faire en sorte qu’ils puissent y trouver leur compte. Au-delà du soutien financier qu’ils peuvent apporter directement à leurs familles ici, les Marocains du monde doivent désormais être considérés aussi comme des investisseurs potentiels, des pourvoyeurs d’emplois, un gisement de talents, une source de créativité et de richesse. Pourquoi aller chercher tout cela chez des étrangers quand nos propres enfants en ont…?