Mobilisation générale

Les grandes réformes prennent du temps à se mettre en place et encore plus de temps pour commencer à donner des résultats. Même si cela peut paraître élémentaire, on a pourtant tendance à l’omettre.

Or, un des ingrédients les plus importants de la réussite d’une réforme est la mobilisation générale. A contrario, donc, une réforme ne peut réussir si en cours de route il y a démobilisation. Et très souvent la démobilisation intervient suite à l’impatience qui elle-même découle naturellement d’un retard de résultats face à des attentes qui auraient été importantes vis-à-vis de ladite réforme. Quand on voit aujourd’hui, à titre d’exemple, les résultats du dernier Doing Business, on y trouve que le Maroc a gagné quelques places au classement général mais surtout qu’il a fait des bonds spectaculaires dans certains domaines plus que d’autres. Dans ces domaines, il se trouve que des réformes ont été initiées il y a plusieurs années et dont les résultats se font sentir aujourd’hui. C’est le cas, entre autres volets, de tout ce qui a été fait en matière d’amélioration du climat des affaires pour lequel une commission nationale avait été lancée en 2010 sous le gouvernement de Abbas El Fassi. Une commission qui, soit dit en passant, avait la particularité de faire travailler ensemble le privé et le public en bonne intelligence. Et c’est à peine en 2015 que le Maroc commence réellement à récolter les fruits de sa démarche volontariste.

Des stratégies sectorielles comme Emergence, l’ancêtre du plan d’accélération industrielle, le Plan Maroc Vert ou encore le programme ambitieux des énergies renouvelables sont lancés depuis le milieu des années 2000 avec des résultats concrets qui ont commencé à se faire réellement sentir quelques années plus tard. Ces réformes ont réussi parce que la dimension temps a été prise en compte au moment même de la conception de sorte à donner de la visibilité aux acteurs qui ont tous assimilé, accepté, de s’engager avec des perspectives de résultats sur le moyen et long terme et pas avant. La régionalisation, elle aussi, est un exemple de réforme qui ne peut réussir que dans la durée. Aujourd’hui, d’autres réformes vitales pour le pays sont lancées ou en cours de l’être comme l’éducation, les retraites, la justice… Plus que les autres, ce sont là des réformes qui, de par leur nature, se feront sur des générations et ne donneront pas de résultats palpables ni la première, ni la deuxième année.

Le danger est de voir aujourd’hui des réformes, pourtant vitales, abandonnées avant même qu’elles ne soient complètement mises en œuvre pour la simple raison que la dimension temps n’a pas été suffisamment expliquée… Et si depuis 2000 le Maroc a fait des rattrapages spectaculaires sur tous les plans, c’est bien grâce à une mobilisation générale qui doit être maintenue et sans cesse réactivée.