Mise à  niveau sociale

Le respect des normes sociales, de la règle du droit tout court, il faut bien le dire, n’est pas encore complètement entré dans les moeurs managériales

C’est un énorme chantier qui se prépare dans le domaine de la santé et la sécurité au travail. Plusieurs départements ministériels, chacun dans son rayon de compétence, planchent sur le sujet. Il était temps !

Malgré les nombreuses stipulations du Code du travail en la matière, des entreprises rechignent encore à s’y conformer. Tout se passe comme si, pour un employeur, donner du travail…c’est déjà beaucoup !

Le respect des normes sociales, de la règle du droit tout court, il faut bien le dire, n’est pas encore complètement entré dans les mœurs managériales. Sinon comment expliquer que six ans après sa promulgation, le Code du travail, malgré les insuffisances voire les incohérences qu’il renferme sur cette question, reste encore largement inappliqué ? Même les services chargés de faire respecter ce texte -et bien d’autres-, par excès de magnanimité ou par manque de moyens de coercition, n’ont pas voulu trop sévir contre les récalcitrants.

Et c’est seulement lorsque survient un drame, de l’ampleur de celui de Rosamor en mai 2008 (car les “petits” drames, il s’en produit régulièrement !), que tous se rappellent que la santé et la sécurité n’ont pas de prix et que les prendre en charge n’est pas un coût mais un investissement. Notez que ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, le monde s’achemine vers l’imposition aux producteurs de normes sociales à respecter, visant ainsi à réaliser un double objectif : assurer aux salariés des conditions de travail décentes, d’une part, et lutter contre le dumping social, d’autre part.

Sans doute, le dispositif que le gouvernement prépare dans ce domaine prend-il en compte l’ensemble de ces éléments. Et ce dispositif réussira bien sûr par la force de sa cohérence et de son effectivité, mais aussi par la participation organisée des salariés. Toute l’importance des institutions représentatives du personnel (délégués des salariés, représentants syndicaux, etc.) apparaît là. Les outils juridiques pour ce faire accusent encore quelques déficits, certes, mais leur mise à niveau, là encore, est programmée. C’est, par exemple, le sens de la volonté exprimée par le gouvernement de lancer cette année le processus de ratification par le Maroc de la Convention internationale (n° 87) sur la liberté syndicale. Mais en attendant, place à l’application de l’arsenal juridique existant…