Miroir suis-je encore légitime ?

Régionalisation, langue, finances publiques, des sujets cruciaux qui nécessitent des débats que les partis politiques semblent avoir oubliés.

Il y a quelques semaines, la fondation Zakoura pour l’éducation organisait un intéressant colloque sur les langues qui mettait en lumière ce malaise dont souffre le Maroc :  la langue officielle est l’arabe classique, la langue populaire est un dialecte, la langue des affaires, le français et les langues d’enseignement sont multiples. Le foisonnement de débats sur le sujet, dans la presse et sur les réseaux sociaux, prouve combien la question est non seulement d’actualité mais également au centre des préoccupations de tous. Quelles langues parlerons-nous demain ? L’arabe et le français, l’arabe et l’anglais ? Et pourquoi pas le chinois ? Dans dix ans, la moitié du contenu sur le web, ce nouveau facteur d’alphabétisation, sera rédigée dans la langue de Confucius…

Il y a quelques semaines aussi, on découvrait que les finances de l’Etat, après l’euphorie des quatre dernières années, commençaient à donner des signes de faiblesse. Plus inquiétant, les niches de croissance des recettes fiscales se sont taries et la providence, pour cette année, proviendra, comme au bon vieux temps, des privatisations, avec un énième morceau de Maroc Telecom qui sera cédé. Mais jusqu’à quand ? Un modèle atteint ses limites et il faudra se serrer la ceinture sans pour autant brider la croissance. Quelles solutions ?

Depuis le 3 janvier dernier, la commission consultative de la régionalisation a pris forme. Elle aura pour tâche de présenter, dans quelques mois, un schéma détaillé de régionalisation qui transformera le Maroc et lui permettra d’inscrire son plan d’autonomie des provinces sahariennes dans une optique plus large de modèle de fonctionnement étatique. Territoires, ressources, décentralisation des pouvoirs… Les implications sont extrêmement importantes pour l’avenir du Maroc.

Tous ces sujets présentent des enjeux importants et ils ne sont pas les seuls. Ceux que nous avons cités doivent être dotés d’une vision dont l’échéance est très courte, puisqu’elle ne dépasse pas un an. Question, où sont les propositions des partis politiques, où est le débat dont ils devraient être les initiateurs, les agitateurs ? On a l’impression que le monde politique est en dehors des grandes questions nationales. Au lieu de cela, on n’entend que les querelles de légitimité, on ne voit que les escarmouches entre députés et on lit que les volontés éradicatrices. En France, on voit des partis d’opposition et de majorité venir avec des études complètes, proposant des solutions argumentées, souvent chiffrées qui apportent des éléments au débat et font avancer les choses. Au Maroc, walou! On en est encore à essayer de savoir qui est le plus beau, le plus vrai. Désespérant.