Mirages numériques

L’administration numérique ! Cela fait plus de dix ans que les gouvernements qui se sont succédé ont essayé de nous convaincre qu’ils allaient faire la révolution et puis rien ou presque.

L’administration numérique ! Cela fait plus de dix ans que les gouvernements qui se sont succédé ont essayé de nous convaincre qu’ils allaient faire la révolution et puis rien ou presque. Il y a quelques jours, le ministre de la justice a inauguré en grande pompe des locaux flambant neufs où les Casablancais pouvaient obtenir leur casier judiciaire à distance et sans se déplacer dans leurs villes natales. C’est un pas géant pour le pays en effet. Avant lui, son collègue du transport nous a expliqué que dans pas longtemps on allait pouvoir obtenir des permis et des cartes grises par voie électronique. C’est tant mieux. Mais encore faut-il que ces annonces soient suivies d’application réelle sur le terrain. Ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

Prenons l’exemple le plus basique de la carte nationale biométrique. Quand elle avait été instaurée, cette dernière a été présentée comme étant LA solution à tous nos problèmes de paperasse. On nous a promis que c’en allait être fini avec notre calvaire chez les moqataâte, avec les moqaddems, les extraits d’actes de naissance et tous ces documents qui ont marqué à vie des générations de Marocains…Mais le discours est une chose, la réalité en est une autre. Jugez-en !

Sur le site service-public.ma, on nous dit que pour le renouvellement de la carte biométrique, par exemple, il faut juste présenter la carte actuelle accompagnée d’un certificat de résidence, 2 photos, payer 75 DH et le tour est joué. Dans les faits, voilà à quoi cela ressemble : d’abord, il faut un certificat de résidence délivré par la moqataâ du coin. Et pour l’avoir il faut payer 20 DH, fournir des quittances d’eau et d’électricité et des photos. Une fois ce certificat en poche, il faut aller en refaire un autre mais cette fois-ci chez la police. Là, de nouveau d’autres photos, d’autres quittances, une copie de la CIN et, surprise, une attestation de travail même si l’information sur la profession n’existe plus sur la CIN biométrique. Une fois cette deuxième étape franchie, il faut se munir du nouveau certificat de la police qui a, apparemment, plus de probité que celui de la moqataâ et aller à la préfecture de police pour entamer la vraie procédure de renouvellement. Et là, d’autres surprises ne manquent pas. Rephotos, nouveau paiement de 75 DH et, le comble, on vous demande de déposer des empreintes que vous êtes censés avoir déjà déposées. Rien à faire. Chez la police, on ne discute pas LA procédure. Mieux encore. Vous pouvez être convoqués une semaine plus tard par la police pour une seconde prise d’empreintes après que les services centraux se soient rendu compte que les premières n’étaient pas lisibles. Et si vous voulez vous en sortir indemnes, surtout n’ayez pas la fausse bonne idée de regarder un agent dans les yeux en lui opposant la procédure que vous avez téléchargée sur le site. Vous risquez d’écoper d’une prolongation de délai.

De deux choses l’une alors : soit que les responsables de notre administration, volontairement, ne nous ont pas tout dit sur le site officiel, soit qu’ils ne savent rien de ce qui se passe réellement sur le terrain…