Mercato

Un salafiste par-ci, un notable par-là…, nos partis politiques s’activent à faire leur mercato à la veille du grand match du 7 octobre et n’hésitent pas à aller recruter ce qu’ils pensent être de bons sprinters pour la course aux voix.

La palme du cocasse revient à ce chef de parti qui a décidé cette semaine de tout plaquer, abandonnant le parti qu’il avait fondé lui-même, laissant en rade ses instances et ses militants pour rallier une autre formation en tant que simple militant mais tête de liste. C’est ce qui s’appelle faire une grosse prise.

Il y a quelques années, l’opinion publique et une partie de la classe politique elle-même s’offusquaient de voir certains parlementaires changer de couleur et de parti une fois le siège obtenu. La pratique, baptisée dans le jargon populaire de transhumance, était en effet malsaine dans le sens où un candidat se présentait aux électeurs sous une bannière, avec un programme et, dès qu’il s’installait dans son fauteuil douillet, changeait de camp pour aller parfois dans le camp adverse. Celui-là même dont les électeurs ne voulaient pas. De l’arnaque, en somme. Au terme d’une bataille et d’un débat qui ont duré plusieurs années, le législateur a fini par remettre de l’ordre en décrétant la perte du statut de parlementaire en cas de changement de parti en cours de route. Exit donc la transhumance et c’est tant mieux !

Mais visiblement nos partis ont plus d’un tour dans leur chapeau et les habitudes ont la peau dure. Car que dire aujourd’hui quand on voit ces vagues de migration collective d’un parti vers l’autre, ces annonces tonitruantes de la part de grandes têtes d’affiche qui, fâchées de n’avoir pas obtenu leurs accréditations, claquent la porte pour aller chez le parti d’en face ou encore de partis qui font leur marché auprès des concurrents, qui pour boucler leurs listes, qui pour combler un manque sur une circonscription donnée. Si ce n’est pas de la transhumance, dans le sens primaire du terme, l’opération n’en est pas moins…

On peut, à la limite, comprendre qu’un candidat ou qu’un militant fasse le voyage entre deux partis qui seraient de la même mouvance, et encore ! Mais que dire d’un candidat qui hier défendait un programme «conservateur» pour venir aujourd’hui le détruire devant ses mêmes électeurs en défendant un autre progressiste, libéral ou autre?

Que dire des partis qui confirment, s’il en était encore besoin, que ce qui compte in fine le plus à leurs yeux c’est d’obtenir des sièges au Parlement et rien d’autre, même si c’est au détriment de leur crédibilité ?