Mauvais apprentissage

Quand on parle de la problématique de l’enseignement au Maroc, il est souvent question de budgets, de moyens matériels, d’investissements, d’équipements, d’organisation administrative et autres détails de ce genre alors que le cœur du débat est ailleurs.

Le gros du problème réside dans la partie ingénierie de la formation, notamment tout ce qui concerne le contenu, les programmes, la pédagogie. L’ADN même de notre éducation se trouve donc à l’origine de son échec. La preuve, s’il en est encore besoin, c’est que les budgets alloués à l’enseignement sont actuellement bien plus consistants que ce qu’ils n’étaient dans les années 60 et 70. Et pourtant, à cette époque-là l’école publique marocaine nous sortait un bien meilleur produit.

Et quand on parle d’ingénierie de l’enseignement, on parle nécessairement et d’abord de la conception que nous avons de ce secteur. Autrement dit, pour réformer, il est obligatoire de se poser des questions, presque d’ordre philosophique, sur la doctrine de l’école marocaine en matière d’apprentissage.     

En théorie, n’importe quel processus d’apprentissage a pour objectif principal de permettre aux apprenants d’acquérir de la connaissance, des valeurs et des aptitudes, pas seulement et uniquement techniques mais aussi et surtout sur le plan humain et comportemental. Notre système éducatif actuel n’est pas du tout dans cette logique. Aujourd’hui, l’apprentissage dans nos écoles a très souvent des objectifs à très court terme, à savoir le passage des examens et les notes de fin d’année.

Pas plus tard que mardi dernier, lors de la séance mensuelle de questions de politique générale, le chef du gouvernement lui-même reconnaissait devant les parlementaires que la réforme de l’enseignement exigeait aussi un effort de la part des parents dans le sens où ils ne doivent plus être obnubilés par les notes de leurs enfants. Il faut dire qu’en réalité, l’obsession de l’examen et des notes est aussi présente chez les enseignants eux-mêmes dont l’objectif majeur durant toute l’année se résume à finir lmoqarrar (le programme) pour que les élèves puissent passer l’examen. Ni plus ni moins.

Cette conception complètement erronée de la notion d’apprentissage dépasse la simple sphère de l’enseignement. On la retrouve partout dans notre vie de tous les jours. Chez les auto-écoles, par exemple, l’apprentissage pratique des jeunes candidats au passage du permis de conduire se résume très souvent aux manœuvres et exercices qui font l’objet de l’examen pratique sans plus. Et après on se demande pourquoi il y a tant d’accidents sur nos routes ! Comme on se demande pourquoi l’entreprise marocaine n’arrive pas à trouver les bons profils…