Marexit

La sortie retentissante du Royaume-Uni de l’Union européenne n’est peut-être pas si inattendue et si étonnante que ne l’ont laissé entendre les commentaires qu’elle a suscités à travers le monde.

Le soubresaut des Anglais n’est finalement que la partie visible, le résultat naturel d’un malaise beaucoup plus profond qui secoue le Vieux continent, et ce, depuis très longtemps. Ce malaise a plusieurs noms, la bureaucratie, la standardisation à outrance, le diktat de la froideur des lois et des règlements au détriment de celles et ceux que ces lois sont censées servir : les ménages, les consommateurs, les citoyens européens tout simplement. 

Partie de bonnes intentions au milieu du siècle dernier, à l’initiative de pays qui voulaient seulement mettre leurs moyens et leur force en commun pour in fine le bien-être de leurs ressortissants, l’Union européenne, au fil des décennies et au gré de son élargissement, de son évolution, s’est transformée en une machine compliquée, incontrôlable, une véritable usine à gaz. Dans leurs bureaux à Bruxelles ou d’autres villes où siègent des instances de l’Europe, des armées de fonctionnaires, souvent qualifiés de pantouflards, s’évertuent à théoriser, planifier, décider, légiférer pour des citoyens de 28 pays où, évidemment, les réalités sont différentes, les conditions de vie ne sont pas les mêmes ni d’ailleurs les cultures, les conceptions, les sensibilités… Au fil des décennies, cette technostructure, mise en place juste pour assurer l’intendance, le suivi permanent et la bonne marche des affaires de l’Union, en est devenue en fait presque le premier décideur. C’est le coup classique des bureaucrates et c’est universel.

Les exemples ne manquent pas de cette Europe où, depuis des années, l’on dépense plus d’argent, d’énergie et de temps à concevoir les outils pour régler les problèmes que sur les problèmes eux-mêmes, où les procédures et les formes relèguent les questions de fond au second rang. Au fil des décennies, l’UE a grossi pour devenir une sorte de méga galaxie comptant des dizaines, voire des centaines d’instances et d’administrations avec beaucoup de cloisonnements, à tel point, et c’est un comble, que les architectes de cette structure eux-mêmes ne la comprennent plus.

Il est donc normal que les pays membres souffrent de ce diktat qui leur impose des lois, des directives, des façons de faire et des modes de vie conçus de manière industrielle sans tenir compte ni de leurs spécificités ni de leurs réels besoins et encore moins de leurs volontés. Les pays partenaires de l’Europe, eux aussi, en pâtissent. A commencer par le Maroc qui en fait les frais de temps à autre. Comme cela a été le cas, il n’y a pas si longtemps, avec l’affaire de l’arrêt de la Cour européenne de justice de décembre dernier où l’on s’est retrouvé victime des incohérences et des aberrations de la bureaucratie européenne. Mais à quelque chose malheur est bon : le Brexit pourrait, et devrait, faire revenir l’Europe à sa vocation première qui n’est pas d’être seulement une méga administration multinationale.