Maladroit contre refuzniks

Si un pays a été incapable de mener des réformes pour permettre
à son peuple de vivre mieux , il ne peut les refuser simplement parce qu’elles
sont d’inspiration américaine.

Comme à son habitude, l’administration Bush ne s’est pas souciée de ménager les susceptibilités, cette fois-ci, pour concocter un plan de réformes à l’usage d’un ensemble, culturellement hétéroclite, regroupant pas moins de 22 pays, et qu’elle a étiqueté comme «Grand Moyen-Orient».
Pourquoi ce plan ? Le raisonnement des Etats-Unis est simple. Ils considèrent que l’absence de démocratie et le retard économique dans ces pays fait le lit du terrorisme, de la criminalité et de l’immigration illégale, constituant ainsi une menace pour les intérêts des pays du G8.
Comme on pouvait s’y attendre, la réaction de certains pays arabes ne s’est pas fait attendre : «ingérence», «hégémonie», «loi du plus fort». Une position de principe, un écran de fumée, qui cachent mal la réalité à laquelle ces pays doivent faire face : ils ne peuvent refuser, tout au plus négocier.
De leur côté, les Etats-Unis, comme à l’accoutumée, pourrait-on dire encore une fois, s’y sont pris maladroitement, dévoilant leur plan par une fuite «organisée» dans un journal londonien. Il aurait été plus subtil d’en informer – et non d’en discuter car ce n’est pas dans leurs intentions – les pays concernés. La pilule qui a mis à mal la fierté arabe aurait été plus facile à avaler.
Nonobstant cette maladresse et la réaction épidermique arabe, ce que propose ce plan (voir en page 42), ce sont des réformes qui permettraient aux pays visés d’instaurer plus de démocratie, à leurs femmes d’avoir plus de droits, à leurs citoyens d’accéder en masse au savoir et, enfin, à leurs compétences d’avoir les moyens d’entreprendre. Soyons honnête, les Américains veulent nous imposer, quoiqu’ils s’en défendent, d’améliorer le bien-être de nos concitoyens. Qui oserait refuser cela ?
Sans être particulièrement pro-américain, on peut penser que, quand un pays a été incapable de mener des réformes pour permettre à son peuple de vivre mieux, il ne peut les refuser simplement parce qu’elles sont d’inspiration américaine.
Il eût été plus judicieux, pour ces dirigeants, de répondre : «Certes, ces réformes sont bonnes et nous-mêmes sommes en mesure de les appliquer. Quelle aide pourriez-vous apporter ?». Car, autant les Américains ont été précis sur le plan des exigences, autant ils sont restés vagues sur le volet financier. Or l’argent est le nerf de la réforme