L’optimisme ne suffit pas !

Trois géants mondiaux du tabac surenchérissent pour investir au
Maroc.
Au-delà des perspectives de rentabilité, c’est un pari calculé
sur le risque pays que prennent ces multinationales.

La vente de 80% de la Régie des tabacs à plus du double du prix plancher fixé par la commission d’évaluation est un événement d’autant plus important qu’il a eu lieu moins de 20 jours après les attentats de Casablanca.
Arrêtons-nous un instant sur le fait que trois des géants mondiaux du tabac surenchérissent à qui mieux mieux pour investir dans une activité qui présente un retour sur investissement – au vu des montants proposés – supérieur à dix ans. Au delà des perspectives de rentabilité, c’est surtout un pari calculé sur le risque pays que prennent ces multinationales qui n’ont pas l’habitude de verser dans la philanthropie.
La privatisation réussie de la Régie des tabacs est un signe de confiance. En dépit de son intégration forcée à la mondialisation «terroriste», le Maroc présente toujours un attrait pour les investisseurs étrangers. Autres signes, des gestionnaires de fonds anglais lorgnent ces jours-ci du côté de la Bourse de Casablanca et plusieurs projets ont été soumis à la Direction des investissements.
Voilà pour la bonne nouvelle, mais il y en a aussi une mauvaise : l’investissement intérieur privé, lui, est quasiment à l’arrêt. Pire, en comparant les crédits d’équipement accordés par les banques en avril dernier à ceux distribués au cours du même mois en 2002, on constate une baisse de 6% qui confirme cette inertie observée depuis le début de l’année. Tout se passe comme si les entreprises n’avaient besoin ni d’étendre leur activité, ni de renouveler leurs équipements.
Paradoxalement donc, les investisseurs étrangers sont confiants alors que les industriels marocains, tout en se disant optimistes, ne s’engagent pas plus avant. Or, la confiance, ce sont ces derniers qui la créent… ou la détruisent. Il serait donc temps d’en finir avec cet attentisme qui fait que l’économie tourne mais ne décolle pas. La baraka ne vient pas du ciel quand on invoque la fatalité à tout bout de champ.
En attendant, s’il y a quelqu’un qui a eu cette baraka, c’est bien Fathallah Oualalou. 11 milliards de DH pour la seconde licence GSM, 23 milliards pour les 35% de Maroc Telecom et maintenant 14 milliards pour la Régie des tabacs.
Le Trésor vient de renoncer à lancer un emprunt pour subvenir à ses besoins courants ; le démon du budget de fonctionnement nous tenterait-il encore une fois ?
Et l’autoroute Marrakech-Agadir, c’est pour quand ?