L’information contre l’informel…

La guerre contre l’informel, les circuits parallèles, le noir, la spéculation, et autres illustrations de cette économie souterraine qui sabote la performance et la compétitivité des entreprises et du Maroc a visiblement commencé. Et cette fois, il semble que les pouvoirs publics ont choisi la démarche pragmatique qui ne fait pas forcément dans les grands discours stratégiques mais plutôt dans l’action concrète sur le terrain. On a fini par se rendre à l’évidence que quand on se bat contre un ennemi «invisible» qui utilise des armes non conventionnelles, les discours moralisateurs, les campagnes de sensibilisation ne servent à rien. La bataille se déroule sur le terrain, la réussite se joue sur des détails et là où l’on s’y attend le moins.
On a vu comment depuis 2012, au moins, chaque année l’administration a tenté, à travers la Loi de finances, de tendre la main aux opérateurs du secteur informel à travers des mesures spéciales. Mais combien d’entre eux ont sauté le pas ? Pas beaucoup, finalement à en croire les statistiques officielles de la DGI.

Il y aussi la manière forte, les contrôles opérés par les différentes administrations, la Direction des impôts, la CNSS… Mais ce ne sera jamais suffisant car les fraudeurs et les «entrepreneurs» voyous ont toujours une longueur d’avance sur l’administration en matière de failles dans les textes. Depuis longtemps, on le sait, un des plus gros drames de l’économie marocaine se résume en un mot : les intermédiaires. Il ne s’agit pas de généraliser. Ceux qui exercent de l’intermédiation ne sont pas tous des véreux. Mais des armées de «smasria» nuisibles existent dans tous les domaines depuis l’alimentaire jusqu’à l’immobilier en passant par le transport, le recrutement et même la recherche de postes dans la fonction publique… Le meilleur moyen de lutter contre ces «smasria», c’est de les court-circuiter en mettant directement en relation, autant que faire se peut, le consommateur final et le producteur du bien ou du service ou, au moins, les premiers intermédiaires légaux et formels.

Le fait que la direction des impôts, par exemple, rende public un référentiel officiel des prix de l’immobilier à Casablanca constitue un tournant majeur dans le fonctionnement de ce marché connu pour être le repaire par excellence des «smasria» qui font monter et baisser les prix en fonction de leurs intérêts. L’argus contribuera probablement à les évincer du circuit.
Depuis plusieurs années aussi, les Marocains savent tous que les prix qu’ils paient pour acheter leurs fruits et légumes au détail n’ont rien à voir avec leurs prix de sortie des marchés de gros. Depuis quelque temps, le ministère de l’agriculture publie chaque jour sur son site Asaar, www.prixagriculture.org, les prix dans les marchés de gros des plus grandes villes. C’est un premier pas majeur dans la lutte contre le fléau des intermédiaires.

Le partage et la publication de l’information utile, malgré les apparences, peuvent finalement s’avérer beaucoup plus efficaces que les méthodes coercitives…