L’humilité

Philipe Troussier, M’hammed Fakhir, Henri Michel, puis Roger Lemerre ! En trois ans et demi, quatre entraineurs se sont succédé à  la tête du onze national. objectif : se qualifier et non construire une vraie équipe.

A l’issue de la piteuse rencontre livrée par le Onze national contre une sélection gabonaise bien organisée tactiquement, et qui s’est soldée par une honteuse défaite à domicile, on craignait  que les abords du complexe Mohammed V soient sérieusement saccagés par le public. Heureusement que non ! Les Marocains sont trop tristes pour être en colère. Ils sont fatigués de voir une équipe qui peut être flamboyante un jour et aussi brouillonne qu’incapable, un autre. A qui la faute ? C’est la question du jour, de la semaine, du mois en cours et à venir, jusqu’au 6 juin, date du prochain match contre le Cameroun.
A qui la faute ? Les explications et les responsabilités ne manquent pas. L’on dira -un classique- que ce sont les joueurs qui ne se sont pas assez défoncés pour défendre les couleurs nationales. Mais comment ces mêmes joueurs ont-ils fait pour livrer un match de très belle facture contre la Tchéquie ? L’on dira aussi que l’entraîneur a fait les mauvais choix en faisant jouer un avant de pointe en position de milieu pour avancer un autre buteur qui a été finalement mal servi, que la défense était perméable, que l’équipe a joué sans ailiers, que ce qui marche contre une équipe européenne n’est pas forcément valable contre une équipe africaine. Comment cette même équipe a-t-elle fait pour gagner deux de ses trois derniers matches ? Enfin, l’on ressortira la rengaine de la fédération qui s’immisce dans le choix des joueurs, qui impose ses points de vue…
Où est la vérité ? La vérité est que depuis l’élimination contre la Tunisie en novembre 2005, pour le compte de la Coupe du monde 2006, le Maroc n’a pas encore d’équipe valable. Philipe Troussier, M’hammed Fakhir, Henri Michel, puis Roger Lemerre ! En trois ans et demi, quatre entraineurs se sont succédé à la tête d’une équipe qui a été rajeunie à 70% depuis l’épopée de la CAN 2004. A chacun d’entre eux, il était fixé un défi avant tout : la qualification à la coupe et non pas la recherche d’une bonne équipe. Ce n’est pas parce que l’on possède l’un des meilleurs buteurs d’Europe, le Soulier d’or belge ou le dribbleur insaisissable que l’on réussit à avoir la bonne organisation de jeu, les bons automatismes. Les étoiles ne font pas l’équipe, à l’inverse, une bonne équipe peut faire éclore des talents cachés. Or, à chaque fois que nous livrons un seul bon match, nous croyons que c’est définitivement bon. Non, ce n’est pas encore bon. Ce n’est pas parce que l’on s’appelle le Maroc que la victoire est acquise. Une équipe, c’est beaucoup de travail et un peu de chance. Ayons l’humilité de dire que le Gabon a battu le Maroc, sans en faire un drame national.