L’heure de vérité

Soit Fouad Ali El Himma décide de prendre les devants, de concourir à  la tête du parti et d’en devenir officiellement le leader, soit c’est quelqu’un d’autre qui devra s’affirmer politiquement, devenir le porteur d’une nouvelle vision du parti, un nouveau PAM.

Le ton est amer, déçu, un peu comme celui d’un père qui se rend compte que ses enfants ont dilapidé le bien qu’il leur a donné à fructifier. Samedi 14 mai, Fouad Ali El Himma, ex-secrétaire d’Etat à l’intérieur puis fondateur du PAM, démissionnait de ses postes de président de la commission de suivi de l’action des élus et président de celle des élections. Il redevient le simple numéro 18 qui figurait sur la liste des membres du conseil national, un parmi 400…et un parmi les 31 qui composent le bureau national.

Fouad Ali El Himma ne quitte pas le PAM, mais la teneur du courrier adressé au secrétaire général du parti a comme des airs de désenchantement : on y découvre un bureau national miné par les conflits et les divisions et des commissions entravées dans leur fonctionnement. On apprend également que le projet politique qui sous-tend l’édification du parti a été dévoyé. Bref, la flamme du PAM vacille et son fondateur parle d’impasse.  

Et pourtant jamais succès politique n’aura été aussi flamboyant. Annoncé en novembre 2008, créé en février 2009, le PAM devenait la première force politique du pays à peine cinq mois plus tard à l’occasion des communales : 56 députés, 65 conseillers et 1,5 million de voix lui donnant accès à 6 032 sièges aux élections locales. En moins de deux ans, le PAM a osé. Il a osé la transhumance assumée et juridiquement imparable, il a osé quitter la majorité pour passer à l’opposition, il a expulsé une quarantaine de militants de ses rangs pour faire le ménage et a été le premier parti à proposer une plateforme pour la régionalisation où il parle de «Sahara occidental».

On peut être d’accord ou pas avec ses principes, il faut reconnaître au PAM le mérite d’avoir fait bouger le champ politique de manière inédite. Mais tout cela serait-il arrivé si Fouad Ali El Himma n’était pas le moteur du parti ? Il faut revenir à la courte histoire du PAM pour se rendre compte qu’à chaque fois que son géniteur prenait un peu de recul, le parti aux composantes hétéroclites entrait en léthargie. D’où la question, que va devenir le PAM aujourd’hui ? Deux scénarios : soit Fouad Ali El Himma décide de prendre les devants, de concourir à la tête du parti et d’en devenir officiellement le leader, soit c’est quelqu’un d’autre qui devra s’affirmer politiquement, devenir le repère unique porteur d’une nouvelle vision du parti, un nouveau PAM. L’heure de vérité a sonné pour le parti.