L’Etat ne donne pas l’exemple

Le problème des CSF n’est pas tant dans la structure, assujettie à un règlement, que dans le mécanisme et dans l’attitude de l’Etat qui veut économiser au détriment de la formation.

A l’heure où le Maroc prend conscience que la formation constitue l’un des enjeux majeurs de son développement, le système de formation continue est pratiquement en panne. Les entreprises, qui paient un milliard de DH par an et qui ont droit à 300 millions au titre des remboursements, désespèrent de pouvoir profiter des bienfaits des fameux «contrats spéciaux de formation» (CSF). Elles en sont arrivées à considérer la taxe de formation professionnelle (TFP) comme un impôt et la formation de leur personnel comme une charge, pour celles qui peuvent se le permettre. L’OFPPT, gestionnaire du système, lui, est très clair sur le

sujet : la procédure de validation d’une action de formation est lourde, mais il faut respecter la loi, ce fameux manuel des procédures mis en place par les patrons, les syndicats et le ministère de tutelle. Entre les positions des uns et des autres, il y a la bureaucratie, les pièces qui se perdent et qu’il faut fournir de nouveau, mais aussi le patron qui envoie son fils étudier aux Etats-Unis sous couvert de formation continue… Le spectre du scandale des CSF, en 2004, est là et les entreprises honnêtes paient pour les méfaits d’une minorité de tricheurs.

Aujourd’hui, l’on parle de la création d’un organe dédié à la gestion des CSF. Le problème n’est pas tant dans la structure, assujettie à un règlement, que dans le mécanisme. Qu’est-ce qui décourage les entreprises ? C’est l’incroyable masse de documents à fournir, de formulaires à remplir, de dossiers à compléter et les lectures variables selon les personnes à qui l’on a affaire. Pourquoi un «Modèle J» accompagnant chaque dossier, chaque année, alors que l’on fournit une attestation de la CNSS ? Pourquoi un dossier d’éligibilité à remplir chaque année alors qu’il suffit de se procurer un état à la CNSS ? Il faudrait, sans céder sur le contrôle, faciliter la vie aux entreprises.
Autre facteur de découragement, la lenteur dans l’exécution des remboursements. Quand on attend sans avoir de visibilité sur les formations de l’année n-3, on finit par ne plus adresser de dossier en n-2 ou n-1. A cet égard, l’Etat a une attitude de prédateur. Non seulement il retarde les déblocages, mais, de surcroît, il trouve le moyen d’économiser sur le budget formation professionnelle en recommandant l’affectation de l’argent des CSF, qui, rappelons-le, appartient aux entreprises, à d’autres besoins. Dans ce contexte, il est tentant pour l’OFPPT, à qui l’on a assigné des objectifs lourds en matière de formation sans lui donner suffisamment de moyens pour cela, de décourager les entreprises pour pouvoir fonctionner…