L’esprit de la Marche verte

C’est la Marche verte qui, en relégitimant l’institution monarchique, en recréant
le lien entre la classe politique et le Roi, a permis la fin de l’état d’exception et le démarrage de
la construction de l’Etat
des institutions.

Le Maroc célèbre cette année le 29e anniversaire de la Marche verte. Cet anniversaire arrive alors que l’affaire du Sahara entre dans sa phase cruciale sur le plan diplomatique. Le Conseil de sécurité est convaincu que seule une solution politique est envisageable. La Marche verte est une véritable épopée. A l’invite du monarque défunt, 350 000 Marocains avaient marché vers les territoires à l’époque spoliés.
C’est un événement unique dans l’histoire de l’humanité et qui démontre, ô combien, l’unanimité nationale autour de la marocanité de ces territoires. Si le Sahara est une cause sacrée c’est aussi pour cela, entre autres. Mais la Marche verte n’a pas été uniquement un événement national d’importance, c’est l’événement majeur du Maroc contemporain.
La Marche verte, mobilisation contrôlée du peuple marocain, est intervenue dans un contexte politique particulier. Le Maroc venait de connaître deux tentatives de putsh, en 1971et 1972 et un début d’insurrection en 1973. Le divorce était consommée entre les partis issus du Mouvement national et feu Hassan II. La société était en effervescence. Lycées, universités, usines et même les campagnes enregistraient des tensions indescriptibles. L’affaire du Sahara et l’annonce de la Marche verte ont constitué un tournant. Les différents acteurs politiques sont redevenus partenaires, les cadres de l’USFP quittant les prisons pour sillonner le pays, voire le monde, en défense de la cause nationale.
C’est cette nouvelle donne qui a permis l’initiation de ce que l’on a appelé le processus démocratique et qui, après un chemin sinueux, a abouti à l’alternance consensuelle et ce qui s’en est suivi.
C’est la Marche verte qui, en relégitimant l’institution monarchique, en recréant le lien entre la classe politique et le Roi, a permis la fin de l’état d’exception et le démarrage de la construction de l’Etat des institutions. Le parcours n’a pas été facile, il n’est pas achevé, mais le cas du Maroc est exemplaire. La mobilisation autour du Sahara, par le biais de la Marche verte, a été plus qu’une action de libération de territoires occupés, un véritable projet de société. Aujourd’hui, pour redynamiser le processus, dans un contexte beaucoup plus apaisé, pour d’autres objectifs essentiellement socio-économiques, il serait bon de ressusciter l’esprit de la Marche verte