Les vieux ? connais pas !

Le Maroc, dont la pyramide des à¢ges est en train de s’inverser, ne peut compter sur la seule «régulation de marché» pour résoudre les problèmes du troisième à¢ge.

Il y a deux ans, le Maroc comptait 2,4 millions de personnes âgées de 60 ans et plus. Dans une vingtaine d’années, leur nombre aura plus que doublé : elles seront 5,8 millions et leur espérance de vie (actuellement de 71 ans) aura augmenté de quelques années.
Que fait le Maroc pour ses vieux ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, la réponse est «rien», ou presque. Nous avons des ministères de l’enfance, de la femme, des handicapés, des jeunes… et même pas un service pour s’occuper d’une population qui représentera, en 2030, le sixième de la population du Maroc.
Or, aujourd’hui, au Maroc, une personne âgée, c’est 2 millions de personnes sans couverture médicale et autant sans pension de retraite.
Qui supporte les frais de leur quotidien et leurs dépenses de maladie ? En général, ce sont leurs descendants, mais peut-on éternellement compter sur ce lien familial, cette solidarité ancestrale en tournant le dos au problème ? Les ménages marocains vivent dans un contexte où, de plus en plus, l’on ne peut compter que sur soi, où l’individualisme fait loi, souvent parce que l’on n’a pas le choix. Aujourd’hui, la taille moyenne d’un ménage est de 5,2 personnes. D’ici 20 ans, elle sera de 3 personnes seulement. On nous rétorquera que, d’ici là, la proportion de personnes âgées ayant revenus et assurance maladie aura augmenté et que, de toutes les manières, la solidarité familiale continuera de jouer.
Certes, mais il s’agira d’appréhender le problème dans sa globalité. Le Maroc, dont la pyramide des âges est en train de s’inverser, ne peut compter sur la seule «régulation de marché» pour résoudre les problèmes du troisième âge. Quel plan pour assurer un minimum de soins à ces personnes dont 60% souffrent de maladies chroniques ? Quelle issue pour ces parents de demain que leurs enfants ne pourront accueillir ? Quelles solutions urbaines pour assurer à nos vieux l’accessibilité aux services publics ? Quelle assistance quotidienne pour leur donner un semblant de vie normale ? Il est peut-être choquant, dans une société fortement attachée à la solidarité envers ses ascendants, d’imaginer qu’un jour elle mettra en place des maisons de retraite. Pourtant, le jour viendra où une proportion importante de nos personnes âgées en aura besoin. Gouverner, c’est prévoir, dit-on. Mais, sur le chapitre du troisième âge, l’Etat, lui, est encore aveugle…