Les sous-dév

Il a fallu la chute d’un pylône pour qu’on se préoccupe
des émetteurs de la RTM.
Il a fallu la disparition du poulpe pour qu’on pense à préserver
la ressource. Il a fallu une réaction énergique de feu Hassan II
pour qu’on vaccine les enfants…

Comment différencie-t-on un pays sous-développé d’un autre ? Le degré de pénétration du mobile ? Aujourd’hui tout le monde en possède, même le mendiant qui sévit aux carrefours et qui bipe son collègue pour l’avertir d’une ronde de flics. Le nombre de voitures neuves en circulation ? L’automobile n’est plus un luxe et le crédit s’est substitué à l’épargne. Le taux d’alphabétisation ? Beaucoup d’Américains ne savent pas lire. Le civisme? Peut-être, et encore, c’est limite.
Le pays développé est celui qui fait de la maintenance, de l’anticipation et de la prévention. Le pays sous-développé, le vrai, c’est celui qui fait continuellement du curatif, qui colmate les brèches. Et le Maroc est champion en la matière.
Dernièrement, un pylône servant de support aux émetteurs de la TVM est tombé, privant les habitants de la capitale d’une bonne partie des programmes. Il a fallu une interruption de la diffusion et que, malheureusement, il y ait mort d’hommes, pour qu’on lance un schéma directeur du développement de la télédiffusion. Pourtant, c’est un secret de polichinelle : les pylônes (certains ont cinquante ans !) sont mal entretenus et les émetteurs de la TVM sont tellement obsolètes (plus de vingt ans) que même à Derb Ghallef on aurait refusé de les réparer. Malgré les nombreuses réclamations faites par les responsables, on a attendu la catastrophe pour réagir. Avec de la maintenance, les choses auraient été différentes.
Il y a un mois, il s’est avéré que le poulpe, précieuse source de devises et d’emplois, est en voie d’extinction, victime de la surexploitation. Pendant des années on a distribué des licences à tour de bras et fermé les yeux sur les barques illégales et les rapports alarmants. Il a fallu qu’il n’y ait plus rien à pêcher pour que l’on décide enfin de prendre les mesures qui s’imposent. Avec de l’anticipation, on aurait pu continuer à pêcher.
Il y a un an, Mohammédia était gravement inondée. Le risque était connu depuis longtemps. Pire, c’était la seconde catastrophe du genre. Il aurait fallu anticiper…
Il y a quinze ans, le Maroc était classé en queue de peloton parmi ses pairs arabes dans le domaine de la santé. Il a fallu que feu Hassan II tape du poing sur la table pour que le pays s’engage dans des campagnes de vaccination. Il fallait faire de la prévention.
Seul point positif ? Fathia Bennis, directeur de l’ONMT, sera ravie : nous sommes vraiment le pays des traditions séculaires. Notre sous-développement ne change pas. Réveillons-nous !