Les paradoxes de l’emploi

220 000 diplômés chômeurs alors que le Nord manque de ressources humaines, que l’hôtellerie souffre de sous-encadrement, que l’on ne trouve pas de commerciaux…

Dans un geste bienvenu, tendant à satisfaire les aspirations sociales, particulièrement celles des jeunes, le gouvernement, contexte politique régional oblige, s’est engagé à faire un effort supplémentaire en vue de trouver de l’emploi aux jeunes, particulièrement ceux entrant dans la catégorie des diplômés chômeurs qui, contrairement à ce que l’on croit, ne sont pas tous, loin de là, des Bac+5 et Bac+6.

Soyons justes. Au cours des trois précédentes années, le gouvernement a déployé un effort significatif en matière de recrutement au sein de la fonction publique annihilant par là-même les effets de l’opération de départs volontaires à la retraite, réalisée par l’exécutif précédent, en vue d’alléger la masse salariale de l’Etat.  23 800 postes budgétaires dans la Loi de finances 2010, 18 800 prévus pour l’année 2011 et un contingent supplémentaire comme engagement de bonne volonté, à la lumière de la conjoncture actuelle. Bien entendu, l’ensemble de ces postes n’est pas exclusivement destiné aux diplômés chômeurs, mais ces derniers en ont une part significative.

Le problème est que le traitement de la question de l’emploi des diplômés chômeurs est plus lié à une question de dispositif que de créations de postes budgétaires. Car quand bien même l’administration ferait plus d’efforts, elle ne pourrait, à elle seule, absorber le stock des 220  000 diplômés chômeurs qui existait à fin 2010. Il y a bien le programme d’insertion Idmaj, le programme de reconversion Taehil et le plan Moukawalati, qui donnent des résultats appréciables, mais le gisement d’emplois à créer par le privé est loin d’être épuisé.

Car il est paradoxal que dans la région nord du pays on manque cruellement de main-d’œuvre, que le secteur de l’hôtellerie souffre d’un sous-encadrement chronique, que les industries de services soient constamment à la recherche de profils commerciaux et administratifs, que le secteur textile exprime un besoin de 20 000 emplois à court terme et que, de l’autre côté, on trouve des chômeurs en nombre aussi important. On le sait, il y a un fossé qui s’appelle adéquation mais les solutions existent. Il faudrait opérer les réglages nécessaires. Deux leviers sont vitaux : accorder plus d’incitations fiscales aux entreprises dans le cadre du premier emploi et surtout adopter une démarche proactive visant à cerner les besoins de ces entreprises et recycler, à la charge de l’Etat, les diplômés en contrepartie d’un engagement à sauvegarder l’emploi pendant une certaine durée.