Les milliards du vent et du soleil

Depuis trois ou quatre ans, le Maroc a incontestablement pris le leadership sur le continent africain et la région MENA en matière d’énergies renouvelables. Les grands projets déjà  opérationnels ou en cours de réalisation dans le solaire et dans l’éolien à  travers tout le territoire sont aujourd’hui une réalité.

Le Maroc n’est encore qu’à ses débuts et, pour réussir la suite, il est toujours intéressant de s’inspirer de ce que font d’autres. L’Allemagne, un pays pourtant beaucoup moins ensoleillé que le Maroc, constitue un véritable cas d’école souvent donné en modèle au sein même de l’Union européenne. Aujourd’hui, les énergies renouvelables pèsent entre 40 et 50% dans le mix énergétique du pays. En 2050, les autorités allemandes prévoient que 80% de l’électricité consommée sera produite à partir d’énergies renouvelables.   
Dans le cas particulier du solaire et de l’éolien, faire du benchmark avec l’Allemagne n’est pas du tout irréaliste de la part du Maroc. Il y a quelques jours, à la faveur d’une rencontre autour des enjeux énergétiques du Maroc, des experts en la matière dont l’ancienne ministre, Amina Benkhadra, ont démontré à la salle qu’une éolienne au Maroc peut fonctionner et produire de l’électricité pendant 4 000 à 5 000 heures par an tandis qu’une bonne moyenne en Allemagne est de 2 000 à 2 500 heures. C’est dire le potentiel du Maroc en la matière. Il en est de même pour le solaire, la différence d’ensoleillement entre le Maroc et l’Allemagne étant évidente.  
Pourquoi et comment un pays presque nordique, l’Allemagne, a-t-il réussi là où d’autres pays d’Europe, notamment ceux du Sud, devaient être les champions ? La réponse à ces questions peut fournir des pistes intéressantes pour nous autres au Maroc.

En Allemagne, les énergies renouvelables ne représentent, en fait, qu’une pièce d’une grande vision qui s’appelle l’économie verte. C’est cette vision qui a conduit le pays à abandonner définitivement et totalement l’énergie nucléaire d’ici 2022 pour la remplacer progressivement par les renouvelables. C’est cette même vision aussi qui fait qu’aujourd’hui, en Allemagne, 65% des déchets sont recyclés, 35% sont incinérés et 0% vont dans les décharges.

Au Maroc, l’économie verte n’est pas seulement une affaire de préservation de l’environnement mais peut être une véritable source d’emplois, d’investissements et de richesses. Un seul indicateur suffit: selon les données scientifiques de notre agence nationale en charge des énergies renouvelables, l’ADEREE, pour 26 milliards d’investissements dans toutes les filières de l’économie verte, le Maroc peut économiser 500 milliards de DH sur les 15 prochaines années sans parler des gains et emplois générés. Le calcul est vite fait. Mais encore faut-il que tous les acteurs s’y mettent, notamment le secteur privé et surtout les banques pour le financement. Sans l’implication de tous, il ne faudra pas s’attendre à des miracles.