Les intentions et les actes

Il ne sert à  rien d’avoir 15 super-ministères, si les supermen que l’on placera à  leur tête seront débordés, il ne sert à  rien d’économiser quelques milliards de DH, si la croissance fait du surplace.

Dans quelques jours le chef du gouvernement dévoilera l’architecture de son Exécutif et les Marocains sont curieux de voir ce que ce PJD pour lequel 27% des votants ont opté proposera comme schéma ministériel. Il y a une semaine, lors d’un passage très médiatisé sur une des chaînes du pôle public de télévision, Abdelilah Benkirane, le futur chef du gouvernement -il ne l’est définitivement qu’après son investiture par le Parlement- avait reconnu que le souhait de former un gouvernement ramassé autour de 15 ministères serait plutôt difficile.

Ce ne sera certainement pas la seule déconvenue à laquelle aura à faire face le parti islamiste qui a fait de la bonne gouvernance et de la moralisation de la vie publique ses slogans. Les Marocains aspirent certes à cela et espèrent ce vent de fraîcheur, cette droiture dans le fonctionnement de l’administration, cette égalité devant les lois, la disparition des privilèges. Mais gérer un gouvernement ce n’est pas seulement cela et le PJD devrait réfléchir à deux fois avant de faire des promesses comme celle par exemple de récupérer 50% des dépenses de compensation par des hausses d’impôts, d’arrêter l’octroi de nouvelles licences d’alcool, de taxer certains produits…. Il n’est pas le seul gouvernement à avoir réfléchi à ces problématiques de réduction du train de vie de l’Etat, d’équité sociale, de redistribution des richesses ou encore d’assainissement des relations entre administration et secteur privé. D’autres gouvernements s’y sont essayés, et ont buté sur les contraintes économiques et sociales d’un pays, dont l’économie est ouverte à la mondialisation. Gérer, c’est avant tout un ensemble de compromis dont le résultat est d’atteindre un objectif, un solde positif.

Et cet objectif doit être avant tout l’efficacité et les conditions de la croissance et de l’emploi. Il ne sert à rien d’avoir 15 super-ministères, si les supermen que l’on placera à leur tête seront débordés par leurs nombreux secrétaires d’Etat, il ne sert à rien d’économiser quelques milliards de DH, si la croissance fait du surplace. Ce que l’on demande au PJD c’est que le pays avance, c’est que des dossiers délaissés par les autres gouvernements comme, par exemple, la réforme des retraites ou la mise en place d’une vraie stratégie pour l’emploi, soient réglés. Ce que l’on demande au PJD ce n’est pas de réaliser des miracles, mais de faire tout ce qu’il peut pour que le Maroc avance, quitte pour cela à s’entourer de compétences qui ne sont pas partisanes, dans l’intérêt du pays. Car, après tout, au moment des comptes, c’est lui qui récoltera les fruits, ou paiera le prix, du travail de son gouvernement.