Les enjeux des dix ans à  venir

Efficacité, optimisation, recyclage, changement de mode de consommation… sont des chantiers aussi importants que de créer de la croissance et des emplois.

Juin 2001, dans un entretien à bâtons rompus avec La Vie éco, feu Abdelaziz Meziane Belfqih, conseiller du Souverain, exprimait une inquiétude bien au delà des préoccupations d’un monde, à l’époque, pris dans la bulle internet, les investissements étrangers, la course à la performance… «Le Maroc doit avoir le souci constant des ressources qui sont vitales pour son avenir : l’eau, l’alimentation, l’énergie. Le reste est une question de politique économique». Et d’enchaîner sur l’eau : «Nous avons jusque-là géré l’offre, maintenant il faudra gérer aussi la demande, l’optimiser».

Dix ans plus tard, ces paroles sont d’une actualité brûlante. Dans son rapport annuel, rendu public le 9 novembre, l’Agence internationale de l’énergie souligne qu’au rythme actuel de l’évolution de la consommation des énergies fossiles, le réchauffement du climat devrait atteindre 6° en 2050. Inacceptable. Et l’agence de conclure que non seulement la part des énergies renouvelables dans le bilan doit impérativement croître plus vite, mais que des décisions mondiales majeures sont à prendre au cours des 5 années à venir.
Le même constat peut être fait pour l’alimentation. La planète est passée d’un milliard d’habitants en 1 800 à deux vers 1930, quatre en 1975, six en 2000, sept aujourd’hui  et neuf milliards d’ici 2050. Pour faire face aux besoins alimentaires mondiaux, la production agricole actuelle devra, à cet horizon, avoir augmenté de 70% !

On peut également être alarmiste concernant l’eau, qui reste une matière peu exportable. En dépit des bonnes précipitations de ces dernières années, la pluviométrie est en baisse et la disponibilité en eau par habitant qui était, il y a dix ans, de 1 350 m3 par an, est aujourd’hui réduite à 745 m3.

Où en sommes-nous dans ces problématiques déterminantes pour notre avenir ? Fort heureusement, nous sommes bien positionnés. L’agriculture a été un choix fait au lendemain de l’indépendance et le Plan Maroc Vert est venu structurer la production, la politique des barrages de feu Hassan II s’est avérée payante, tout comme le lancement des plans solaire et éolien.

Il reste à transformer ce maigre avantage pour aller plus vite et plus loin. Aujourd’hui, sur  un potentiel de précipitations mobilisable nous ne captons que 16 milliards de m3 dont 9 sont gaspillés dans l’agriculture, les eaux usées non réutilisées et les fuites. Moins de 10% de nos besoins énergétiques proviennent du renouvelable et nos villes, nos bâtiments gaspillent de l’électricité ou ne profitent pas du solaire. Enfin, nous sommes dépendants en matière de pétrole, de blé et de sucre.

C’est à ces enjeux que devront s’atteler les différents gouvernements qui prendront les commandes du pays au cours des dix années à venir. Le monde est à un tournant, où la question essentielle est d’abord de savoir comment s’assurer une autonomie en ressources avant de chercher à en tirer commercialement profit. Efficacité, optimisation, recyclage, changement de mode de consommation… sont des chantiers aussi importants que de créer de la croissance et des emplois.