Les choses à  moitié

A l’occasion de l’organisation de la Coupe du monde des clubs au Maroc, nous avons eu droit à  deux belles mais malheureuses anecdotes pleines d’enseignements.

A l’occasion de l’organisation de la Coupe du monde des clubs au Maroc, nous avons eu droit à deux belles mais malheureuses anecdotes pleines d’enseignements. Ainsi, à la veille de la compétition et à l’occasion d’une dernière visite des experts de la puissante FIFA, les organisateurs marocains, y compris la fédération et le ministère de tutelle, découvrent que dans les deux beaux stades de Marrakech et Agadir on avait oublié un détail mais de taille : à part les pelouses principales, il n’y avait pas de terrains dédiés aux séances d’entraînement des sportifs. Il s’agit là d’installations basiques censées être déjà disponibles sur des stades devant accueillir des compétitions d’envergure mondiale. Aussi ahurissant que cela puisse paraître, il faut se résigner à croire qu’à ce jour personne parmi toutes les armées de fonctionnaires, de prestataires externes ou d’experts n’avait à aucun moment remarqué cet oubli flagrant. Heureusement que les organisateurs disposaient encore de quelques jours qui ont fait que l’erreur ait pu être corrigée et que huit terrains entiers avec leurs pelouses et leur éclairage ont pu être construits comme par magie.

La deuxième anecdote, elle, n’est autre que la cérémonie de la honte organisée en ouverture du tournoi. Là, en revanche, comme c’était en direct, les responsables n’ont pas eu le temps de corriger quoi que ce soit; donnant ainsi une piètre image du pays auprès de la communauté mondiale du foot.

En résumé, on dépense des milliards de dirhams pour construire de beaux stades, qui sont par ailleurs de petits bijoux, on s’offre des petites folies, somme toute accessoires comme les loges pour VIP, les gradins amovibles, les écrans géants dernier cri…et on oublie un détail basique mais faisant partie des installations principales qu’un terrain de foot doit abriter. On se fait assister par des prestataires censés être des professionnels de l’événementiel pour une cérémonie d’ouverture retransmise en direct aux quatre coins du globe mais personne ne pense à faire une répétition générale, à demander avis aux principaux concernés dont la FIFA ou tout simplement à voir et comparer avec ce que d’autres ont fait avant nous.

A travers ces deux incidents, il paraît clair que nous avons encore de gros efforts à faire en matière de conception, d’organisation et de conduite de projets, de hiérarchisation des priorités, de clarification des rôles et responsabilités des uns et des autres, de discernement entre l’essentiel et l’accessoire. Ce sont d’ailleurs ces lacunes qui constituent, entre autres, ce que nous appelons aujourd’hui la mauvaise gouvernance avec tout le tort que cela cause au pays dans tous les domaines. Cela va des quartiers nouveaux sans éclairage public ou sans réseaux d’assainissement aux ouvrages ou infrastructures qui s’écroulent au bout de quelques mois, en passant par des écoles sans sanitaires ou encore de simples travaux urbains toujours refaits deux, trois fois, voire plus parce que toujours faits à moitié…