Les bons comptes

A un moment où les finances publiques traversent une période des plus délicates et que les réserves en devises sont sous haute surveillance, l’investissement direct étranger revêt plus que jamais une importance cruciale.

Depuis des années, les instances mondiales reconnaissent au Maroc un leadership incontestable sur le plan africain et arabe comme étant un des pays qui a le plus fait en matière de conditions d’accueil des investisseurs étrangers. Mais a-t-on pris le temps de faire un bilan ? Car si l’Etat accorde des incitations, notamment fiscales, qui sont finalement une contribution indirecte du budget, il est intéressant de savoir si ces investisseurs remplissent effectivement leur part du contrat. Combien d’emplois créent-ils chaque année ? Combien de fonds injectent-ils dans notre économie? Quelle est leur valeur ajoutée en matière de transfert de technologies et de savoir-faire ?

Il est vrai que depuis très longtemps, le Maroc s’est doté d’une entité dédiée aux investissements étrangers. Il est vrai aussi que depuis le début des années 2000, tous les gouvernements qui se sont succédé se sont directement impliqués dans le fonctionnement de la commission chargée du dossier et les ministères ont aussi directement signé des centaines de conventions d’investissement avec des opérateurs privés nationaux et étrangers. Mais, aujourd’hui, on ne dispose pas encore d’un tableau de bord permettant de savoir qui a fait quoi ces dernières années. Si un tel outil existe, il n’est en tout cas pas connu ni accessible au grand public et ne fait donc pas l’objet d’une quelconque communication. Or, dans ce domaine précisément, l’Etat marocain se doit de communiquer de la manière la plus large car il y va de son image et celle du Maroc en général, de sa crédibilité et de son attractivité.

Quand l’Etat communique officiellement et fréquemment sur le suivi des investissements étrangers, il fait d’une pierre plusieurs coups. Il rassure les milieux d’affaires, donne de la visibilité aux partenaires mais peut également orienter les flux d’investissements en fonction des besoins du pays et de ses politiques publiques. Le Maroc ne serait ni le premier ni le dernier à faire du «dirigisme» en la matière. Récemment en Arabie Saoudite, l’autorité générale chargée des investissements étrangers a demandé à quelque 400 entreprises étrangères de plier bagage pour n’avoir pas rempli leurs cahiers des charges en termes de création d’emplois et de valeur ajoutée pour le pays. Pourtant, l’Arabie Saoudite, avec ses richesses pétrolières, n’est pas si dépendante de l’investissement étranger. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, la fermeté dans ce domaine rassure les investisseurs sérieux souhaitant s’installer durablement et éloigne les coltineurs, occasionnels et autres opportunistes…