Les béquilles de l’histoire

Ce qui manque encore a ces négociations sur le Sahara ? Un souffle de pragmatisme que l’envoyé spécial de l’Onu n’a pas su, ou voulu, trouver.

Peut-on indéfiniment avoir des rencontres informelles quand ces dernières ne reposent sur aucune plateforme concrète ? Après trois années d’un processus venu pallier le blocage induit par les positions figées, la question du Sahara a aujourd’hui besoin d’un nouveau souffle, d’une nouvelle approche.

Car, il faut bien le dire, le contexte dans lequel ces négociations ont été entamées n’est plus le même, alors que l’approche de l’ONU, elle, est restée inchangée. Alors que l’Afrique et le monde arabe vivent aujourd’hui au rythme de troubles politiques profonds, le représentant des Nations Unies non seulement n’arrive pas a imposer un cadre de négociations politiques concret mais fait montre d’une myopie étonnante (volontaire ?) à propos d’une question complexe qui agite la région depuis 35 ans.
Il conviendrait peut-être alors de rappeler à Christopher Ross que c’est le Maroc lui-même qui avait introduit, aux premiers jours de son indépendance, la question du Sahara devant la commission de décolonisation de l’ONU pour libérer un territoire alors occupé par l’Espagne. Il serait peut-être nécessaire de re-préciser que le Polisario est d’abord né d’un mouvement de protestation entamé par des étudiants sahraouis marocains, pour dénoncer les conditions de vie dans lesquelles vivaient les populations des provinces du Sud. On pourrait, aussi, gentiment demander à M. Ross de relire l’histoire très riche de cette période de la Marche verte pendant laquelle Algérie et Libye ont fait germer dans la tête des étudiants sahraouis cette idée d’indépendance d’un territoire qui n’a jamais fait l’objet d’une revendication auparavant, parce que faisant partie intégrante d’un pays qu’il connaît bien aujourd’hui et qui s’appelle le Maroc.

Tout cela, bien sûr, relève de l’histoire et M. Ross doit sans doute être préoccupé par le présent. Or, que dit le présent ? Il dit qu’en août 2008, un rapport indépendant avait montré, chiffres à l’appui, que l’indice de développement des provinces du Sud était de 0,729, bien supérieur au 0,672 que constitue la moyenne nationale pour tout le Maroc. Le présent dit aussi que les provinces du Sud sont parfaitement intégrées dans le Royaume avec une administration en ordre de marche, des représentants au Parlement, des plans de développement, une régionalisation avancée dont elles seront les premières à bénéficier et des instances en charge des droits de l’homme. Le présent dit aussi que beaucoup parmi ces rêveurs d’indépendance sont de froids calculateurs qui se promènent avec des cartes d’identité marocaines et profitent de cette nationalité tout en torpillant le pays. Le présent, M. Ross, exige une autre lecture, une lecture politique, qui s’appuie sur les béquilles de l’histoire et marche avec les pas de la réalité.