Les autruches…

L’affaire de l’augmentation du prix du pain symbolise, à  elle seule, ce laissez-aller caractéristique de nos mÅ“urs, à  nous autres Marocains, et qui engendre des situations inextricables.

L’affaire de l’augmentation du prix du pain symbolise, à elle seule, ce laissez-aller caractéristique de nos mœurs, à nous autres Marocains, et qui engendre des situations inextricables.
Primo, voilà un produit, le pain blanc en l’ocurrence, qui est vendu à 1,10 DH parce qu’aucun boulanger ne prendrait la peine de vous rendre 5 centimes. Le prix officiel d’une baguette de pain blanc est de 1,05 DH. L’Etat laisse faire…
Secundo, ce pain n’est pas subventionné mais, d’une part, le coût de la farine est régulé et, d’autre part, le prix de vente du pain est fixé. Résultat, aussi bien le restaurant de luxe que le nécessiteux achètent leur pain au même prix. Manque à gagner pour les boulangers mais également pour l’Etat qui abaisse ses droits de douane pour que la farine importée soit vendue, bon an mal an, à 3,63 DH/kg.
Le comble dans tout cela est que l’Etat subventionne bien la farine nationale qui sert à fabriquer ce que l’on appelle le pain noir. Mais de ce pain, personne, ou presque, ne veut.
Tertio, mis à part la farine, 19 autres facteurs de coûts (sel, levure, farine,…) entrent dans le prix de revient du pain blanc. Tous ont augmenté mais le pain, qui revient aujourd’hui à 1,27 DH, reste vendu à 1,10 DH ce qui incite certains boulangers à tricher sur le poids. L’Etat laisse faire.
Enfin, quarto, les boulangers veulent augmenter le prix du pain et, légalement, ils en ont le droit. Mais le sujet est délicat et le gouvernement, dont ils ont sollicité l’aval, n’arrive pas à se décider. Deux jours de grève cette semaine, combien d’autres demain ? Par absence de solution ou par manque de courage politique, ceux qui doivent décider sont indécis. Jusqu’à quand ?
Maintes fois, la question du pain, de la farine et, plus globalement, du blé tendre a été abordée… en vain. Aujourd’hui, les uns trichent ou perdent de l’argent, les autres profitent d’une subvention déguisée et le consommateur paie in fine la facture…Comme il a payé la facture dans le cas de la BNDE, du CIH, de la Sodea-Sogeta, etc, parce que le consensus arrange toujours tout le monde et que l’on ne réagit que lorsqu’on est le dos au mur.
Dans le cas du pain, le gouvernement pratique la politique de l’autruche alors qu’on pensait qu’il ne mangeait pas de ce pain-là