Les amalgamé(e)s

vouloir Soulever un débat sur la place des homosexuels au Maroc, revendiquer le droit à  être publiquement reconnu comme minorité relève de la provocation dans une société conservatrice mais néanmoins tolérante quand on prend la peine d’être discret.

La polémique artificiellement créée par la presse ces derniers jours autour de l’association des homosexuels marocains, qui n’a aucune existence légale au Maroc, constitue un exemple type de l’instrumentalisation de la question des droits de l’homme à des fins qui relèvent, avant tout, de la sphère privée de l’individu.
Voilà donc une association qui voudrait bien s’implanter au Maroc, mais qui sait qu’elle n’a aucune chance d’y parvenir. Son président se fend donc d’un roadshow auprès des ONG des droits de l’homme, visite et s’affiche avec des ambassadeurs étrangers en poste au Maroc (un manque de tact diplomatique) et vient s’épancher dans les colonnes de journaux dont certains, en mal de sensationnalisme, en font leur sujet principal. Il en résulte une victimisation des homosexuels, et des déclarations à l’emporte-pièce reprises in extenso, sans souci aucun, ni de leur véracité ni de leur impact dans une société musulmane. Ainsi, «10% des Marocains ont des tendances homosexuelles», «l’islam n’est pas contre l’homosexualité», «tout comme la Moudawana a évolué, le temps viendra pour la cause homosexuelle de se voir acceptée». Sans commentaires.
Que cherche cette association ? A soulever un débat, là où la question ne se pose pas. Il est du droit d’un individu de disposer de son corps librement et le Maroc, quoique pénalisant légalement un acte sexuel contre-nature, n’a pas à notre connaissance entamé une chasse aux sorcières en la matière. De là à ce qu’un choix relevant de la vie privée se transforme en revendication pour un débat public sur la place des homosexuels et au respect de leurs droits en tant que tels au sein de la société marocaine, de là à ce que l’on milite pour la dépénalisation, de là à ce que l’on revendique publiquement le droit à la reconnaissance en tant que minorité, il y a un pas que l’on ne saurait franchir. Tout le monde le sait, il existe des citoyens marocains qui sont homosexuels, et de l’aveu même du président de cette association, ils vivent plutôt tranquillement leur situation, non officiellement admis mais pas bannis pour autant. Que veut-on alors ? Dans une société conservatrice, mais néanmoins tolérante quand on prend la peine d’être discret, la démarche relève de la provocation. Ah ! ils sont beaux les droits de l’homme, vus sous cet angle-là, on ne sait pas si c’est du recto ou du verso.