Leçon de Zagreb

Il y a quelques jours, le ministre des affaires étrangères a été en Croatie, pour les festivités d’investiture de la nouvelle présidente de ce pays. Quelque peu avant, des officiels croates avaient fait le déplacement au Maroc pour échanger avec leurs homologues marocains. Même si ce type d’activités diplomatiques revêt souvent un caractère un peu trop protocolaire, il est parfois intéressant de se pencher de plus près sur les expériences de certains pays qui peuvent receler beaucoup d’enseignements pour nous. La Croatie. Voilà un pays qui vient à peine de sortir d’une longue et atroce guerre civile et qui en l’espace d’une vingtaine d’années est passé d’un pays entièrement dévasté à un pays membre de l’UE et qui va intégrer l’espace Schengen prochainement. Au détour d’une discussion avec un diplomate croate à Rabat, ce dernier nous apprend, entre autres bizarreries, que son pays, bien moins vaste que le Maroc et qui compte à peine 4 millions d’habitants, reçoit chaque année quelque 12 millions de touristes, soit trois fois sa population et figure déjà dans le top 5 de la Méditerranée. Il y a tout juste 15 ans, le pays en recevait 1,5 million. Au Maroc, nous ne sommes pas loin de cette évolution. Nous sommes passés nous aussi de 2 millions à 10 millions de touristes en l’espace d’une dizaine d’années. La performance est très respectable. Mais en Croatie, ils n’ont pas de Plan Azur ni de Vision 2020. Et le pays dispose d’à peine 520 kilomètres de côtes sur la petite mer de l’Adriatique contre 3 500 kilomètres au Maroc, sur l’océan Atlantique et la Méditerranée. Comment ont-ils fait alors ? Voilà une petite expérience que nos responsables du secteur touristique gagneraient à aller voir de plus près. Notre interlocuteur diplomate explique pour commencer que la moitié des nuitées touristiques du pays est assurée par l’habitant, l’autre moitié étant assurée par l’hôtellerie classique. L’Etat croate a, depuis quelques années, lancé une politique pour permettre aux particuliers, aux propriétaires de maisons, de logements, de s’équiper et de se former pour commencer à recevoir des touristes et à leur fournir une prestation de qualité et dans le respect des normes internationales. Au Maroc, nous avons aussi développé nos propres concepts comme celui des Riads dans les médinas qui sont aujourd’hui connus à travers le monde. En revanche, pour ce qui est de l’hébergement chez l’habitant, très recherché aujourd’hui par la clientèle étrangère pour le dépaysement  et l’authenticité qu’il offre, le Maroc a fait quelques tentatives timides et sans suite. Si l’on s’y était mis sérieusement, on aurait probablement dépassé depuis longtemps les 20 millions de touristes que nous espérons atteindre en 2020…