L’école publique n’est pas gratuite !

Une fois de plus, la classe politique vient de nous démontrer que quand elle s’empare d’un débat, en faisant dans la récupération à forte connotation populiste, voire électoraliste, on peut être sûr du résultat : on laisse de côté le fond du problème et on perd du temps à se chamailler sur les questions subsidiaires, à se tirer les uns sur les autres en déplaçant le débat sur un terrain démagogique, politicien et rien d’autre.

A tel point que le Marocain lambda, lui, pourtant le premier concerné, n’y comprend plus rien. Aujourd’hui, c’est flagrant avec la polémique qui enfle depuis quelques jours au sujet de la gratuité ou non de l’enseignement. Le débat est biaisé dans le sens où les voix et les acteurs qui ont investi le champ font tout sauf poser le problème dans des termes clairs et complets en se contentant de s’accuser mutuellement…

L’objet du propos, ici, n’est pas d’être pour ou contre ni de s’attarder sur la véracité ou non d’une prétendue annonce du ministère ou du conseil supérieur. Mais si l’on doit discuter véritablement de la question de la gratuité de l’enseignement, il faut au moins, et d’abord, rappeler aux Marocains une réalité irréfutable et scientifique: aujourd’hui, non seulement notre école publique n’est pas gratuite mais elle nous est même facturée à des prix exorbitants avec en plus des résultats très faibles.

En 2016, par exemple, le budget alloué à l’éducation nationale, donc pour le préscolaire, le primaire et le secondaire, atteint le niveau colossal de 47 milliards de DH, dont 43 milliards rien que pour les dépenses de fonctionnement et plus précisément les salaires. En faisant une opération simple et rapide, cela induit pour les ménages marocains, puisque ce sont eux qui financent tout cela à travers l’impôt, un coût annuel d’environ 6400 DH pour chacun d’entre eux.

Une autre opération tout aussi simple nous permet d’établir que pour chacun des 5,8 millions d’élèves que comptent les établissements publics, la dépense annuelle moyenne est de près de 8 000 DH, toujours financés par le contribuable. Vu la qualité de ce que nous produit l’école en fin de parcours, on ne peut pas dire qu’on en a pour notre argent. Et d’ailleurs, ce n’est pas un hasard si de plus en plus de ménages sont prêts à payer beaucoup plus pourvu d’avoir une école réellement performante. Presque 800 000 enfants sont scolarisés aujourd’hui dans les établissements d’enseignement privés.

Mais visiblement, nos politiciens n’ont que faire de ce débat qui est pourtant le vrai. Non, ce qui les intéresse le plus c’est plutôt qui va faire le plus de bruit et qui va marquer des points vis-à-vis de l’opinion publique et de l’électorat.

On ne cessera jamais de dire qu’il est URGENT et VITAL pour le pays de déconnecter la question de l’enseignement de la sphère politique…